Même en apprenant que Micha Acher a loufé avant de souffler dans la trompette de One Step Inside Doesn't Mean You Understand, Neon Golden resterait le meilleur album de la décennie. Sans aller jusqu'à de telles révélations, le documentaire On/Off The Record, qui accompagne la réédition du cinquième LP des Allemands paru en 2002, fait un tabac en matière de démystification. Déjà édité en 2006 de façon indépendante, le film retrace jusqu'au moindre microsillon, de l'écoute des démos initiales aux premières interviews le concernant en passant par la signature du contrat avec City Slang, la conception d'un disque qui hante depuis huit ans l'auditeur qui a eu la bonne fortune d’y river son affection. Retour en 2001. L’action est sise à l'Uphon Tonstudio de Weilheim, le fief bavarois, un néant de verdure où les vaches slaloment entre les antennes satellites. Le village où les frères pensants Markus et Micha Acher décidèrent de suivre la voie d'un père jazzman en faisant de la musique le fondement de leur vie flegmatique, à l'abri des va-et-vient stylistiques du microcosme berlinois. Accompagnée par le batteur Martin Messerschmid, le membre rapporté Martin Gretschmann (alias Console), et les producteurs Mario Thaler et Olaf Opal, la fratrie décide qu'elle trimera autant de temps qu'il le faudra sur le successeur de Shrink (1998). Cet entrain perfectionniste, ajouté à une ambiance de travail invariablement saine et au fait que tout le monde parle allemand du début à la fin, rendent aussi fascinante que laborieuse la vue du clinique On/Off The Record.
Micha et Olaf qui ne savent pas quoi faire de la fameuse trompette sur One Step Inside, avant que le premier ne revienne à la charge avec l'idée du violoncelle désarticulé, et de sa partition jugée inconcevable par le virtuose chargé de l’interpréter. Markus qui trouve – à juste titre – complètement à chier la première version de la pièce maîtresse One With The Freaks. La bande qui débat longuement du placement de la cymbale sur Trashing Days… En dehors de quelques scènes cocasses – les Acher fils swinguant avec papa lors d'une fête de village, ou hésitant à signer sur City Slang avant d'être atterrés par la vacuité de l'exercice promotionnel –, ce doc nous invite avant tout à examiner la minutie qui fuselle le chef-d’œuvre. Et c'est maintenant que jaillit l'étincelle prodigieuse de notre histoire. Car même en ayant dévoilé une bonne partie de ses arcanes, et subi une énième réécoute, Neon Golden relève toujours de l'exception. Cette sophistication tellement bien ourlée qu'elle gicle à nos oreilles avec une pureté effarante. Ce génocide des fioritures qui fige chaque morceau pour l'éternité.
L'alliance fantasme entre une acoustique lovée dans le velours et une électronique sculptée au bistouri. Une voix d'une neutralité désarmante qui parvient à émouvoir jusqu'à l'incandescence. Des renversements mélodiques qui précipitent l'auditeur dans des gouffres de tristesse extasiée. Le hit scientifique Pilot et ses paroles déchirantes qui purgent la frustration du quidam, de moi, de vous. La ritournelle terminale Consequence, tellement sensible et incarnée qu'elle noie le romantisme dans une mer de sanglots. Et One With The Freaks, donc. Si cette chanson n'est pas la plus déchirante qui soit, alors celles qui la devancent aux portes du panthéon doivent flipper leur mère à chaque fois que son envergure organique explose aux environs de la minute trente. Je n'ai jamais vu The Notwist en concert, mais je sais qu'en les voyant jouer One With The Freaks, j'entendrai l'une des raisons pour lesquelles je suis encore là pour vous écrire n'importe quoi. Pendant altruiste de Kid A, achèvement pour une formation à la carrière protéiforme, cime indépassable de l'electronica... Qu'importe, tant peu d'albums peuvent se targuer de receler cette double vérité : Neon Golden est à la fois un miracle savant et un monument de fragilité.
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je l'ai toujours dit ! Radiohead c'est le The Notwist anglais
Effectivement, chez Jean-François Le Puil, j'ai encore le souvenir de One With The Freaks, joué (avec des cordes s'il vous plaît) à Bruxelles le 5 octobre 2003, et plus de 7 ans plus tard, j'en ai encore des frissons...