Et si le choix
du titre de ce quatrième album de The New Pornographers n’était pas si innocent
que cela… Dans le jargon sportif, le “challenger” est celui à qui incombe
l’insigne honneur de se mesurer au “champion”. En cas de victoire, il crée une
surprise de taille, dont la presse fera ses gros titres. Si jamais il est
défait, il sera juste victime de la logique implacable des choses. Or, depuis
quelque temps maintenant, lorsque l’on est originaire du Canada et que l’on
évolue dans la sphère musicale, il s’en trouve des leaders que d’aucuns
pourraient rêver de faire vaciller. A priori, la cohorte menée par le loquace
Carl Newman semble à des années-lumière de telles préoccupations. Depuis dix
ans, ce super-groupe (Dieu, que le principal intéressé déteste ce terme), où se
côtoient, sous la houlette du susnommé Newman, la voix mutine de la chouette
Neko Case, le talent barré de l’insaisissable Destroyer Dan Bejar et le
savoir-faire de quatre autres musiciens de Vancouver, suit son bonhomme de
chemin sans prêter attention à ce qui peut bien se passer autour de lui.
Seulement animé par la volonté d’enregistrer des chansons aux allures de classiques dégingandées, avec comme référents avoués Burt Bacharach, Jimmy Webb, Brian Wilson ou les Wings (“Et surtout pas les Beatles”). Rien que ça. Ainsi, avec les moyens du bord (rachitiques, les moyens) mais armés d’idées absurdes, The New Pornographers n’ont eu de cesse d’imaginer des symphonies miniatures, sortes de joyeuses partouzes où copulaient sans ambages tripotages acoustiques et bidouillages électroniques. Aujourd’hui, alors que Newman réside désormais à New York, il semble avoir eu l’envie de donner d’autres moyens à ses nobles ambitions – et à celles de Bejar, seul autre compositeur toléré ici. Alors, orchestre à cordes, harpe, flûte, cor anglais ont souvent été convoqués pour magnifier ces compositions orga(s)niques et euphorisantes, à commencer par la virevoltante My Rights Versus Yours, introduction radieusement jouissive à ce disque que l’on pressent souverain. Et Newman de continuer à piétiner avec un sacré toupet les plates-bandes de ses héros, à fantasmer des mélodies baroques futilement irrésistibles. Sur la chanson titre, il flâne en bonne compagnie féminine avant de laisser la barre à Bejar, qui simule sans pudeur l’orgasme que Lou Reed a dû avoir après avoir besogné Sweet Jane.
Alors, l’orchestre joue libéré, oublie toute forme de pression, rend coup pour coup et se prend pour Roxy Music et les Sparks sur un All The Things That Go To Make Heaven And Earth porté par une flûte grisante et un piano convulsif. Avant de traverser les océans pour se retrouver “down under” le temps d’un Go Places à la sobriété enivrante, il fait la cour à une étrange demoiselle à l’aide d’une ritournelle acoustique délicieusement bancale et obtient satisfaction, Entering White Cecilia. Parce que l’on est jamais mieux servi que par soi-même, Carl cite les noms divins de Subway Sect et The 5th Dimension pour capturer avec une pertinence rare l’essence même de Mutiny, I Promise You, un miracle d’équilibre mélodique et de jubilation perverse. Mais la mélancolie n’est jamais loin et berce Adventures In Solitude, dont on rêverait qu’elle accompagne une nouvelle version d’Un Homme Et Une Femme, tandis que Dan perpétue son art martial du mime, en évoquant sur The Spirit Of Giving, comme aux plus belles heures de Destroyer, un Bowie qui aurait oublié de se regarder le nombril. Un final en apothéose branlante confirmant l’intuition déflorée dès les premières mesures de ce disque majeur recommandé aux mineurs : avant même le dernier coup de gong, Challengers peut crier victoire.
Seulement animé par la volonté d’enregistrer des chansons aux allures de classiques dégingandées, avec comme référents avoués Burt Bacharach, Jimmy Webb, Brian Wilson ou les Wings (“Et surtout pas les Beatles”). Rien que ça. Ainsi, avec les moyens du bord (rachitiques, les moyens) mais armés d’idées absurdes, The New Pornographers n’ont eu de cesse d’imaginer des symphonies miniatures, sortes de joyeuses partouzes où copulaient sans ambages tripotages acoustiques et bidouillages électroniques. Aujourd’hui, alors que Newman réside désormais à New York, il semble avoir eu l’envie de donner d’autres moyens à ses nobles ambitions – et à celles de Bejar, seul autre compositeur toléré ici. Alors, orchestre à cordes, harpe, flûte, cor anglais ont souvent été convoqués pour magnifier ces compositions orga(s)niques et euphorisantes, à commencer par la virevoltante My Rights Versus Yours, introduction radieusement jouissive à ce disque que l’on pressent souverain. Et Newman de continuer à piétiner avec un sacré toupet les plates-bandes de ses héros, à fantasmer des mélodies baroques futilement irrésistibles. Sur la chanson titre, il flâne en bonne compagnie féminine avant de laisser la barre à Bejar, qui simule sans pudeur l’orgasme que Lou Reed a dû avoir après avoir besogné Sweet Jane.
Alors, l’orchestre joue libéré, oublie toute forme de pression, rend coup pour coup et se prend pour Roxy Music et les Sparks sur un All The Things That Go To Make Heaven And Earth porté par une flûte grisante et un piano convulsif. Avant de traverser les océans pour se retrouver “down under” le temps d’un Go Places à la sobriété enivrante, il fait la cour à une étrange demoiselle à l’aide d’une ritournelle acoustique délicieusement bancale et obtient satisfaction, Entering White Cecilia. Parce que l’on est jamais mieux servi que par soi-même, Carl cite les noms divins de Subway Sect et The 5th Dimension pour capturer avec une pertinence rare l’essence même de Mutiny, I Promise You, un miracle d’équilibre mélodique et de jubilation perverse. Mais la mélancolie n’est jamais loin et berce Adventures In Solitude, dont on rêverait qu’elle accompagne une nouvelle version d’Un Homme Et Une Femme, tandis que Dan perpétue son art martial du mime, en évoquant sur The Spirit Of Giving, comme aux plus belles heures de Destroyer, un Bowie qui aurait oublié de se regarder le nombril. Un final en apothéose branlante confirmant l’intuition déflorée dès les premières mesures de ce disque majeur recommandé aux mineurs : avant même le dernier coup de gong, Challengers peut crier victoire.