Si Pharrell Williams et Chad Hugo sont restés aussi longtemps dans l'ombre de leurs créations, c'est que le milieu du rap n'est pas réputé pour la modestie de ceux qui (dé)tiennent le micro. Ce relatif anonymat vis-à-vis du grand public parce que les rappeurs, eux, se les arrachent a assuré la longévité d'une maison fondée en 1994, sous l'oeil que l'on imagine humide de Teddy Riley, alors que le temps de vie de ce genre d'association n'excède guère plus d'une ou deux années. Les Neptunes, c'est à la fois l'équivalent de Dr Dre, Timbaland ou RZA, tout en sachant que leur plus grande ouverture musicale (rock, pop et même ragga) ne les limitent pas aux seuls territoires du rap ou du r&b. Et c'est sans doute là le secret de leur monstrueuse aptitude à se renouveler : une capacité à joindre des rythmes hip hop syncopés en diable à des mélodies aussi naïves qu'efficaces piochées dans une large culture musicale. Alors, ils peuvent aussi bien redonner une seconde jeunesse à Snoop Dogg (It Blows My Mind) que muscler les morceaux hallucinés de Busta Rhymes (Light Your Ass On Fire) ou mitonner de belles ballades pour Kelis (Popular Thug), voire produire un jeune ex-couple (Britney Spears etJustin Timberlake). Le seul très relatif échec (en termes de ventes) de leur carrière se trouve dans leur tentative pourtant magistrale de rap acoustique, virant parfois au hard rock, effectuée sous le nom de N*E*R*D (Loser). En plus des qualités susnommées, il y a l'arme fatale du duo de producteurs : Pharrell lui-même qui officie vocalement (le tube Frontin') afin d'apporter son joli timbre de voix à de nombreuses productions (Hot Damn de Clipse). Incontournable.