Ils faisaient partie des groupes les plus désirés de cette vingtième édition de la Route du Rock. Attendus comme le messie pour leur cinquième Lp, consacrés par un High Violet qui surpassait largement les attentes, les loups solitaires en horde de The National ont fini par toucher jusqu'au grand public au printemps 2010. Au coeur de leur ascension fulgurante, ils ont fait escale dans un lieu qui les a déjà accueillis à plusieurs reprises (en 2005 et en 2007), le Fort St Père. Et ont livré une performance à l'image de leurs compositions : exigeante, irréprochable, presque (trop) parfaite. Compte-rendu. [Texte Catherine Guesde, photos Fabien Le Gourrierec].
Après la piètre performance de Serena Maneesh, qui n'a pas fait long feu, et dont les distorsions noisy sont vite parties en fumée, The National apparaît comme une figure familière, rassurante. En voilà un qui ne va pas nous claquer entre les doigts, se dit-on lorsque, quelques minutes après avoir perdu Emil Nikolaisen sous un drapeau de La Route du Rock, l'on voit arriver un Matt Berninger en costume, solitaire et classieux. Pas de doute, ce type-là a l'élégance des perdants magnifiques. Il n'hésitera d'ailleurs pas à arpenter la scène jusque dans ses recoins les plus sombres, échappant aux regards et aux feux des projecteurs.
En dix ans de carrière et cinq Lp impeccables, The National a su se constituer un public de fidèles, tout en rassemblant, à chaque album depuis Alligator (2005), des nouveaux convertis ramassés sur la route. La Route du Rock, sorte de résidence secondaire du groupe, rassemble un peu tous ces profils, même si Available, extrait du Lp de 2003 (Sad Songs For Dirty Lovers) connaîtra un accueil mitigé. The National, c'est un peu le vieil ami fiable que l'on appelle en cas de pépin. Il ne surprendra jamais par son excentricité, mais, égal à lui-même, tiendra toujours ses promesses. A l'image de sa discographie impeccable mais sans surprises, la prestation de The National sera irréprochable, en même temps qu'il lui manquera un brin de folie ou de présence – ce je ne sais quoi qui pourtant change tout.
La troupe ouvre son set en douceur, avec un Runaway élégant, lent, accompagné des complaintes des cuivres. Les Américains ont fait le choix de ne pas assommer le public d'emblée, préférant une entrée en matière caressante, susceptible (ou pas) de filer quelques frissons à la foule.

Une fois les cœurs d'artichaut bien émus, The National dégaine les tubes. Avec efficacité et sérieux. Matt est, selon son habitude, pleinement investi – presque trop, à en croire ses vociférations occasionnelles de chanteur de hardcore. Bryan Devendorf scande avec une précision métronomique ces incursions dans les recoins les plus sombres de l'âme humaine. Se succèdent, à un rythme militaire, un Mistaken For Strangers à la froideur chirurgicale, le récent Anyone's Ghost puis le single Bloodbuzz Ohio. Le tout étant enchaîné avec professionnalisme. "Professionnalisme" : voilà le mot qui gène et qui pourrait pourtant bien résumer cette performance. La machine est tellement bien huilée que l'on en aperçoit difficilement le cœur, caché sous l'épaisseur de rouages complexes. Matt a beau hurler, arpenter la scène tel un lion en cage et enchaîner les bières : on peine à lui retrouver l'émotion rentrée et pourtant contagieuse qui le caractérisait pendant la tournée de Boxer (2007).
L'arrivée d'un extrait d'Alligator (2005), Secret Meeting commence à donner chair à cette architecture trop lisse. Les vieux fans se réveillent ; les riffs de guitare aériens enveloppent le public d'une séduisante nostalgie – celle à qui l'on a envie de se donner tout entier. On se sent un peu mieux, moins confronté au constat d'une déception diffuse, sournoise mais réelle. Squalor Victoria apporte un surcroît de puissance au show – le refrain étant martelé tel un hymne à la force coercitive incontestable.

M. Berninger, déchainé, fait le tour de la scène pour galvaniser ses musiciens à grand renfort de gesticulations, s'apparentant à un metteur en scène tyrannique, qui, déçu de ses acteurs, voudrait les pousser à sortir tout ce qu'ils ont en eux. Chose que l'on comprend, car manifestement, il manque quelque chose. La douceur des cuivres contraste singulièrement avec les vociférations du chanteur, et l'on continue d'attendre. Jusqu'au moment où le problème commence à trouver sa formulation, au beau milieu d'un Afraid Of Everyone tout à fait correct mais sans plus. Et si High Violet (2010), album studio aux mille épaisseurs sonores, ne passait tout simplement pas en live ? Les subtilités qui en font un album si riche semblent impossibles à restituer en concert, de sorte qu'il ne reste que la trame nue, le squelette – tout à fait regardable, ma foi, mais pas si passionnant que l'on pourrait le croire. Et puis ces cuivres cérémonieux qui alourdissent le tout... Ils ralentissent les morceaux pour les rendre plus somptueux, certes, mais moins immédiats aussi.
Même si le refrain de Fake Empire trouve des échos dans un public passablement enflammé, ce n'est qu'au moment du traditionnel Mr. November que l'on goûte enfin au plaisir que peut être un concert de The National : déchainement chaleureux, nostalgie poétique, euphorie diffuse et rythmique assourdissante. Enfin. On ne sera pas venus pour rien.

Le final (oubliable) laisse simplement le temps d'amorcer le retour à la réalité après la claque de Mr. November. Le concert s'achève comme il a commencé, avec une berceuse désabusée, après une performance qu'on ne pourra pas honnêtement qualifier de décevante – elle était trop parfaite pour cela – pas plus que l'on ne pourra crier au génie. Le bon vieil ami, qu'on vous disait.
Après la piètre performance de Serena Maneesh, qui n'a pas fait long feu, et dont les distorsions noisy sont vite parties en fumée, The National apparaît comme une figure familière, rassurante. En voilà un qui ne va pas nous claquer entre les doigts, se dit-on lorsque, quelques minutes après avoir perdu Emil Nikolaisen sous un drapeau de La Route du Rock, l'on voit arriver un Matt Berninger en costume, solitaire et classieux. Pas de doute, ce type-là a l'élégance des perdants magnifiques. Il n'hésitera d'ailleurs pas à arpenter la scène jusque dans ses recoins les plus sombres, échappant aux regards et aux feux des projecteurs.
En dix ans de carrière et cinq Lp impeccables, The National a su se constituer un public de fidèles, tout en rassemblant, à chaque album depuis Alligator (2005), des nouveaux convertis ramassés sur la route. La Route du Rock, sorte de résidence secondaire du groupe, rassemble un peu tous ces profils, même si Available, extrait du Lp de 2003 (Sad Songs For Dirty Lovers) connaîtra un accueil mitigé. The National, c'est un peu le vieil ami fiable que l'on appelle en cas de pépin. Il ne surprendra jamais par son excentricité, mais, égal à lui-même, tiendra toujours ses promesses. A l'image de sa discographie impeccable mais sans surprises, la prestation de The National sera irréprochable, en même temps qu'il lui manquera un brin de folie ou de présence – ce je ne sais quoi qui pourtant change tout.
La troupe ouvre son set en douceur, avec un Runaway élégant, lent, accompagné des complaintes des cuivres. Les Américains ont fait le choix de ne pas assommer le public d'emblée, préférant une entrée en matière caressante, susceptible (ou pas) de filer quelques frissons à la foule.

Une fois les cœurs d'artichaut bien émus, The National dégaine les tubes. Avec efficacité et sérieux. Matt est, selon son habitude, pleinement investi – presque trop, à en croire ses vociférations occasionnelles de chanteur de hardcore. Bryan Devendorf scande avec une précision métronomique ces incursions dans les recoins les plus sombres de l'âme humaine. Se succèdent, à un rythme militaire, un Mistaken For Strangers à la froideur chirurgicale, le récent Anyone's Ghost puis le single Bloodbuzz Ohio. Le tout étant enchaîné avec professionnalisme. "Professionnalisme" : voilà le mot qui gène et qui pourrait pourtant bien résumer cette performance. La machine est tellement bien huilée que l'on en aperçoit difficilement le cœur, caché sous l'épaisseur de rouages complexes. Matt a beau hurler, arpenter la scène tel un lion en cage et enchaîner les bières : on peine à lui retrouver l'émotion rentrée et pourtant contagieuse qui le caractérisait pendant la tournée de Boxer (2007).
L'arrivée d'un extrait d'Alligator (2005), Secret Meeting commence à donner chair à cette architecture trop lisse. Les vieux fans se réveillent ; les riffs de guitare aériens enveloppent le public d'une séduisante nostalgie – celle à qui l'on a envie de se donner tout entier. On se sent un peu mieux, moins confronté au constat d'une déception diffuse, sournoise mais réelle. Squalor Victoria apporte un surcroît de puissance au show – le refrain étant martelé tel un hymne à la force coercitive incontestable.

M. Berninger, déchainé, fait le tour de la scène pour galvaniser ses musiciens à grand renfort de gesticulations, s'apparentant à un metteur en scène tyrannique, qui, déçu de ses acteurs, voudrait les pousser à sortir tout ce qu'ils ont en eux. Chose que l'on comprend, car manifestement, il manque quelque chose. La douceur des cuivres contraste singulièrement avec les vociférations du chanteur, et l'on continue d'attendre. Jusqu'au moment où le problème commence à trouver sa formulation, au beau milieu d'un Afraid Of Everyone tout à fait correct mais sans plus. Et si High Violet (2010), album studio aux mille épaisseurs sonores, ne passait tout simplement pas en live ? Les subtilités qui en font un album si riche semblent impossibles à restituer en concert, de sorte qu'il ne reste que la trame nue, le squelette – tout à fait regardable, ma foi, mais pas si passionnant que l'on pourrait le croire. Et puis ces cuivres cérémonieux qui alourdissent le tout... Ils ralentissent les morceaux pour les rendre plus somptueux, certes, mais moins immédiats aussi.
Même si le refrain de Fake Empire trouve des échos dans un public passablement enflammé, ce n'est qu'au moment du traditionnel Mr. November que l'on goûte enfin au plaisir que peut être un concert de The National : déchainement chaleureux, nostalgie poétique, euphorie diffuse et rythmique assourdissante. Enfin. On ne sera pas venus pour rien.

Le final (oubliable) laisse simplement le temps d'amorcer le retour à la réalité après la claque de Mr. November. Le concert s'achève comme il a commencé, avec une berceuse désabusée, après une performance qu'on ne pourra pas honnêtement qualifier de décevante – elle était trop parfaite pour cela – pas plus que l'on ne pourra crier au génie. Le bon vieil ami, qu'on vous disait.