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Chris Chu est de ces gamins dont la fausse modestie et les poses un brin niaiseuses suscitent d’emblée agacement et railleries. Fringuant étudiant de Berkeley, le jeune homme mène ce projet de main de maître depuis 2005, où ses balbutiements étaient alors bricolés sur son seul laptop. Rejoint dans la foulée par ses potes de la faculté – Julian Harmon (batterie), Tim Or (basse) et Joe Ferrell (guitare/orgue) –, le chanteur de The Morning Benders continua à tricoter gentiment ses pop songs sous infusion sixties, évoquant The Beach Boys et The Left Banke. En 2008, les quatre freluquets signèrent un premier Lp, Talking Through Tin Cans, aux sympathiques vibrations sunshine pop, qui, en dépit du titre de meilleur album indie de l'année selon iTunes, resta plutôt anecdotique (du moins de ce côté-ci de l'Atlantique). C'est une vidéo découverte sur le Web qui mit le feu aux étoupes : après une introduction où notre homme explique qu'il a voulu réunir ses copains pour enregistrer une session live de sa chanson Excuses, sur le mode du mythique wall of sound spectorien, l'auditeur, tombé à la renverse, se promet de ne plus jamais se moquer du môme.

Quelques notes de piano, un rythme chaloupé tenu par plusieurs batteries bourdonnantes, un air de violon ondoyant (chipé à At Last d'Etta James), et voici l'ado gringalet devenu homme, menant son petit monde à la baguette et offrant une somptueuse prestation vocale d'une justesse sans égale, rappelant la voix tremblotante de Bobby Vee. Non content de s'entourer de l'Echo Chamber Orchestra, le maître d'œuvre donne le la à des invités aussi prestigieux que Christopher Owens ou John Vanderslice. Enrichie d'une guitare éthylique en introduction, la version studio d'Excuses – à peine en dessous du live et tout aussi orchestrée – est la valse doo wop qui ouvre Big Echo. Gardant la touche vintage qui faisait le charme de son opus inaugural, l'idée de génie de The Morning Benders est d'avoir sollicité l'apport avisé de Chris Taylor (bassiste de Grizzly Bear) à la coproduction pour enfermer précieusement chacune de ses compositions dans un écrin pop moderne. Le résultat : dix chansons et autant de touches impressionnistes uniques baignées dans un mur de son inventif et soigné, gardant comme seul fil conducteur les arrangements de cordes, l'omniprésence d'une basse vibrante et la sourdine des batteries au son rond et chaud.

Le groove remuant de Promises et ses structures mélodiques proches de The Shins. Le slow moite Wet Cement et ses notes de guitares piquetées, ou l'appel à enlacer langoureusement sa bien aimée une fois l'heure bleue venue. L'expéditif Cold War (Nice Clean Fight) et ses vibrantes percussions qui se lovent de pair avec des clochettes tintinnabulantes, des guitares acoustiques caressantes et de délicates harmonies vocales. Le spleen erratique de Pleasure Sighs, rongé par des guitares abrasives. La lente ascension de Stitches vers des cieux inconnus. Et, enfin, les chœurs solaires de Sleeping In qui scellent ce bouquet garni haut en couleurs. Car, la grande qualité de Big Echo – malgré la baisse de régime sur certains titres – est de parvenir à rendre cohérent cet éclectisme ambitieux. Ce deuxième album, d’une richesse inépuisable, est l'œuvre d'une métamorphose inespérée : celle d'un jouvenceau aux airs mignard dont on prendrait soudain au sérieux les élans de candeur romantique.
Sébastien Jenvrin
MAGIC RPM  #141


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