L'année dernière, le petit monde du rock indépendant se bousculait au portillon pour interpréter les chansons de Stephen Meritt, l'unique locataire de The Magnetic Fields. Une "école des fans" revue et corrigée par Sebadoh, Luna, Chris Knox, The Bats, Superchunk, Yo La Tengo ou Anna Domino, le tout regroupé sous l'appellation de The 6ths. Aujourd'hui abrité et réédité par Setanta, The Magnetic Fields peut enfin se dispenser de tout parrainage et quitter le triste anonymat de sa ville natale New York, jugée trop peu glamour au goût de Stephen Merrit, lui qui ne rêve que des "parapluies de Londres" et d'une certaine new wave anglaise des années 80. Chez lui, New Order et Soft Cell passent avant le Velvet, et Human League, Kraftwerk et Abba sont cités régulièrement comme sources d'inspiration bienfaitrices. Bain de jouvence assuré à l'écoute de The Magnetic Fields Get Lost, invraisemblable bric-àbrac de pop songs aussi curieuses qu'inventives, chantées d'une voix grave et mélancolique, jouées du bout des doigts sur un synthé analogique démodé, soutenues par les rythmes d'un casio traîne-misère. Mais nous connaissons tous des gens qui, avec deux fripes trouvées chez Emmaüs semblent sortir d'un défilé haute-couture. Idem chez The Magnetic Fields : sa musique cheap et désolée prend souvent des airs de symphonie pastorale, comme si Phil Spector graffitait à la bombe fluo les sombres couloirs de la cold wave. Refrains imparables, mélodies enfantines parées d'ornements dérisoires, les chansons de Merrit possèdent une classe innée. Mieux vaut paraître génial mais fauché qu'être moderne mais sans inspiration, sage devise qu'illustre parfaitement The Magnetic Fields Get Lost.