Les interviews de l’irascible Stephin
Merritt sont toujours un plaisir à lire, un peu moins à conduire. Au cours des
années, l’Américain à la voix aphasique et au verbe tranchant est souvent
revenu sur la notion de réalisme. Avec son ironie impitoyable, il notait
combien on l’interrogeait moins sur le caractère autobiographique de ses
compositions désabusées lorsqu’elles étaient écrites pour des films, des
ballets ou l’un de ses nombreux projets parallèles, plutôt que pour The
Magnetic Fields. Il en va de même avec le folk. Album présenté par le maître
bougon comme une œuvre délibérément acoustique, Realism est notamment orchestré à l’aide d’un ukulélé, d’un
violoncelle ou d’un accordéon. Merritt utilisait déjà certains de ces
instruments sur ses disques précédents, mais de manière “traitée”, à tel point
qu’on pensait que les sons étaient obtenus à l’aide d’un synthétiseur. Ou
s’arrête le réalisme, on commence la fabrication ? Derrière cette question
tarte à la crème, l’homme doit bien rigoler.
Mais il est indéniable qu’il a toujours eu besoin d’un concept et d’obstructions pour être créatif – les 69 Love Songs (1999), et i (2004), dont toutes les chansons étaient pourvues d’un titre commençant par la neuvième lettre de l’alphabet. Le réalisme pour lui, ce n’est bien sûr pas la netteté ou le dépouillement – le brouillard sonique de Distortion (2008) abritait des textes désarmants. Sans aucun doute son album le plus vif à ce jour, Realism est “en vérité” joyeusement encombré, là où le tuba, l’autoharp et les voix en chœur se bousculent joyeusement, et délivrent comme à l’accoutumée des textes cinglants. En trente-deux minutes concises, le tout paraît cependant remarquablement bien agencé, et l’écoute totalement séduisante. Tout le contraire d’un vieux soulard qui maugrée des heures durant. Stephin Merritt, il vaut mieux écouter ses disques que l’avoir dans son salon.
Mais il est indéniable qu’il a toujours eu besoin d’un concept et d’obstructions pour être créatif – les 69 Love Songs (1999), et i (2004), dont toutes les chansons étaient pourvues d’un titre commençant par la neuvième lettre de l’alphabet. Le réalisme pour lui, ce n’est bien sûr pas la netteté ou le dépouillement – le brouillard sonique de Distortion (2008) abritait des textes désarmants. Sans aucun doute son album le plus vif à ce jour, Realism est “en vérité” joyeusement encombré, là où le tuba, l’autoharp et les voix en chœur se bousculent joyeusement, et délivrent comme à l’accoutumée des textes cinglants. En trente-deux minutes concises, le tout paraît cependant remarquablement bien agencé, et l’écoute totalement séduisante. Tout le contraire d’un vieux soulard qui maugrée des heures durant. Stephin Merritt, il vaut mieux écouter ses disques que l’avoir dans son salon.