Que le deuxième album de The Libertines voie le jour est en soi un petit miracle. Rarement de mémoire récente aura-t-on assisté à un tel barnum que celui entourant le quartette punk pop londonien cette dernière paire d'années. À tel point que le futur du groupe - s'il en reste un au moment où paraîtra cette chronique - ne semble tenir qu'à un fil : celui de la santé de son coleader, Pete Doherty. Si l'échalas poupin et surdoué (qui fait passer Liam Gallagher pour Bryan Adams) s'est beaucoup occupé récemment à rendre le crack populaire chez les jeunes, il ne s'en est pas moins montré prolifique, entre les Babyshambles et sa collaboration avec Client, l'inquiétant Wolfman (le sublime For Lovers) ou, dernièrement, Dot Allison. Nul ne doute aujourd'hui que le rock anglais ait trouvé en lui l'un de ses soldats les plus inspirés depuis des lustres, enfant terrible et kamikaze délicat. Le successeur d'Up The Bracket, donc, est produit sans fioritures par un Mick Jones qui, tout comme Alan McGee, semble retrouver une seconde jeunesse au contact des Libertines. Le disque commence très fort, avec le single Can't Stand Me, l'un des meilleurs de la formation, soit un condensé des Clash et des Smiths en forme de thérapie de groupe pour les frères ennemis Doherty et Carl Barât. Certes, on ne peut à première vue que se réjouir que The Libertines comporte quatorze titres. Seulement, il aurait fallu en garder onze pour en faire un meilleur album - Don't Be Shy, What Katie Didou Road To Ruin, dans leur classicisme désuet, auraient au mieux donné d'amusantes faces B. Le reste du disque, finalement peu différent du premier opus, recèle les ingrédients qui ont fait la classe du groupe : des entrelacs de voix et de guitares brutes de décoffrage, un sens inné de la mélodie et l'une des meilleures sections rythmiques du moment, emmenée par l'incroyable Gary Powell. Un futur numéro un outre-Manche, à n'en pas douter, au vu de l'hystérie collective qui règne autour des Libertines. À raison, somme toute.