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The Age Of The Understatement

archive mag avril 2008
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Ah, les sales petits voyous. Ils ont dépouillé Scott Walker, vidé les poches de Joe Meek et sont repartis l’air de rien, sifflotant un brin. Derrière ce nom à la très pythoniennne absurdité, Alex Turner et Miles Kane ont magouillé la dernière escroquerie du rock’n’roll. Ce butin, ils l’ont pourtant amplement mérité… Leur association de malfaiteurs est née sur les cendres de The Little Flames, invités il y a trois ans en tournée des Arctic Monkeys : premier fait de gloire, ultime coup de grâce. L’incandescent Miles se fait la malle avec ses futurs Rascals, inspiré par l’insoumission d’Alex, son nouvel ami pour la vie. Grillant nuits, neurones et Benson & Hedges avec un enthousiasme précoce, les faux jumeaux du Nord se soûlent aux mêmes nectars. Ambrés, quarante ans d’âge de préférence. Le col du caban relevé sur leurs nez rougis par le froid mais surtout par l’alcool, ils mitonnent leurs petites histoires dans un grand chaudron orchestral. Car ils en avaient soupé, du rock binaire. Ils voulaient des cordes cassées et des romances nerveuses, entendre le froid qui ronge et les corps qui basculent. Dans leur fascinante ronde vocale, Alex et Miles postillonnent et jouent des coudes, des trémolos dans leurs guitares. Comme chez leurs cousins de The Coral, le quotidien est un formidable terrain de jeu pour improviser à sa guise : une chevauchée fantastique avec les chœurs de l’Armée Rouge (l’impeccable morceau-titre), une planque amoureuse dans la Riviera (Black Plant), une valse arrogante sur les tables d’un troquet, avant l’inévitable baston contre des marins romantiques (Calm Like You, I Don’t Like You Anymore). Expert en matière de fûts, James Ford mène tambour battant ces chansons joueuses, tout en ruptures, crescendos et variations rythmiques. Il n’est sûrement pas pour rien dans le chaloupé insidieux du plus beau morceau de l’album, My Mistakes Were Made For You. Dépêché du Canada, Owen Pallett peut, lui aussi, être remercié à jamais pour l’encordage magnifique du navire, aussi pirate soit-il (Herrmann, Barry, et toujours Walker planqués dans la cale). Mais c’est avant tout l’intuition improbable de ces brigands pour décrocher des instants de grâce que Burt Bacharach (Meeting Place) ou The Pale Fountains (Standing Next To Me) jalouseraient jusqu’au découragement total. Force est de se demander si ce trop parfait sans-faute n’est pas une vaste blague cosmique fomentée par tous les cadors précités. Mais après de tels sommets, on n’attendra pas la chute.

Estelle Chardac

magazine num 119 article extrait de :
MAGIC RPM #119


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