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Tomorrow, In A Year de The Knife

chronique d'album
Pas facile d’appréhender un disque signé de l’équipée The Knife en collaboration avec Mt. Sims et Planningtorock. De cette dernière, on n’avait qu’un souvenir d’une électronique vaguement arty, calibrée pour l’émission Tracks. De Mt. Sims, quelques titres catchy, greluchons éphémères pour l’écurie Gigolo. En dépit de contributions certaines, ils paraissent de toute façon vampirisés par The Knife. Le duo fraternel n’a cessé de se réinventer dans la dispersion (les nappes psychédéliques de Oni Ayhun pour lui, les incantations gothiques de Fever Ray pour elle). Une faculté d’adaptation au climat changeant de la pop, une audace avant-gardiste qui aménage son environnement afin d’y (sur)vivre confortablement. Une sorte de darwinisme appliqué à la pop moderne ? En quelque sorte. Mais vous ne tenez pas Sciences & Vie, et on ne va pas vous faire croire qu’on s’est envoyé L'Origine Des Espèces Par Le Moyen De La Sélection Naturelle, Ou La Préservation Des Races Favorisées Dans La Lutte Pour La Vie (1859) avant de rédiger cette modeste chronique.

On aurait peut-être dû, car Tomorrow, In A Year constitue la bande originale d’un opéra dédié à la mémoire du vieux Charles, commandée par la compagnie suédoise Hotel Pro Forma. Nous voilà bien avancés. D’autant que la première partie est formée de longues plages ambient, conglomérat de field recordings amassés en Amazonie par Olof Dreijer, d’électronique déviée et d’une cantatrice anémiée, presqu’échantillonnée. Au cours de cette longue dérive surgit Variation Of Birds, qui se laisse percer à jour et offre quelques point de repères : une rencontre détonante entre tradition lyrique et modernité post-industrielle, à l’image, peut-être, des avancées phénoménales du scientifique face aux obscurantistes en place. Ce n’est qu’une piste, le disque en offre d’autres.

On ressort de cette première partie lessivé, égaré. Car si le travail sur les sons animaliers évoque évidemment The Insect Musicians (1986), œuvre abstraite de l’ex-SPK Graeme Revell, et si l’on pense parfois au chef-d’œuvre ambient qu’est Chill Out (1990) de KLF, il n’y a pas ici de fil conducteur, sinon celui que l’auditeur voudra bien se créer. En revanche, le deuxième acte nous ramène en des terrains nettement plus balisés – on y croise les fantômes dark folk de Dead Can Dance (Colouring Of Pigeons, effleuré par la sensualité glaciale de Karin Dreijer Andersson) ou une electro basée sur des microcontacts (Tomorrow, In A Year et son beat cardiaque). Calée en fin, le remix de Annie’s Box pourrait faire office de single accrocheur, mais nullement représentatif de cette œuvre protéiforme, aux influences éparses et fortement marquée par les expérimentations du précité Oni Ayhun. On espère seulement que le Dvd de l’opéra sera fourni avec cet album, histoire d’y voir (peut-être) un peu plus clair.
Thibaut Allemand
MAGIC RPM  #141


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