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Il est rarement bon de toucher le jackpot dès son coup d’essai. On attise la jalousie, on réveille les aigris, on tombe sous le coup de la suspicion. D’autant plus lorsqu’on affiche des moues fières de jeunes premiers et que l’on revendique une anglophilie paroxystique. Et si, pour couronner le tout, l’on vient d’une ville, au hasard Las Vegas, qui ne laisse pas que de bons souvenirs dans la mémoire de la mythologie pop et rock, autant dire que votre compte est bon. Mais avec leur pop futée et fédératrice, multipliant les clins d’œil furtifs aux 80’s en direction de la Perfide Albion, les Killers avaient réussi avec Hot Fuss (2004) un premier album vicieusement excitant, truffé de gimmicks aguichants et d’hymnes percutants. Forcément, aujourd’hui, après un tel succès mondial presque démesuré, les quatre Américains étaient bien sûr attendus au tournant. Feu de paille allumé par mégarde dans le désert du Nevada ou brasier inspiré et vivace ? Pour Brandon Flowers et ses acolytes, il aurait somme toute assez simple de réitérer leur formule, sans se fixer d’autre challenge – déjà suffisamment compliqué – que celui de réussir la passe de deux, commercialement parlant. Mais ces gens-là sont nettement moins frileux qu’on n’aurait pu un instant le penser. Certes, ces garçons n’ont pas, loin de là, complètement tourné le dos à leur récent passé, en témoigne le premier single jubilatoire, When You Were Young, dont le riff d’intro annonce déjà l’uppercut mélodique qu’on va recevoir en pleine poire. Et le KO est bel et bien inéluctable, asséné par un refrain cathartique et des guitares triomphantes. Alors, sûr de son fait, le groupe a décidé de partir à l’aventure, enrôlant dans ses pérégrinations soniques deux guides confirmés, en la personne d’Alan Moulder et Flood. C’est peut-être à cause de la présence de ce dernier que Bling (Confession Of A King) évoque les atmosphères opaques du Songs Of Faith And Devotion de Depeche Mode avant de prendre son envol psychédélique. D’une extravagante richesse, Sam’s Town – ainsi intitulé d’après le nom d’un hôtel et casino de Vegas – provoque le vertige, affiche des couleurs metal sur le tourbillonnant Uncle Johnny, se lance dans une course à perdre haleine le temps d’un Bones que The Cars n’aurait pas renié avant de présenter le David Bowie de Lodger au Bruce Springsteen de Jungleland pour un Why Do I Keep Counting? homérique. D’ailleurs, l’ombre 70’s du natif du New Jersey plane en quelques occasions sur ce disque démesuré (When You’re Young, Read My Mind, This River Is Wild), mais doté d’un accent new wave que l’on n’aurait jamais pu soupçonner, alors que For Reasons Unknown pourrait séduire plus d’un Common People. Jonglant avec les idées les plus osées (chœurs ravageurs, rythmiques toujours en équilibre, claviers exubérants et arrangements jubilatoires), toujours obsédés par les mélodies flamboyantes, ces quatre garçons prouvent que l’on peut gagner et s’inscrire dans la durée. Car dès les notes finales de ce Sam's Town étincelant, les jeux sont faits. Et The Killers peut déjà se préparer à rafler la mise. Une fois encore.

Christophe Basterra
MAGIC RPM  #104


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