The Smell Of Our Own, le premier album des flamboyants The Hidden Cameras, était une telle merveille qu'on serait aujourd'hui presque tenté de faire la fine bouche devant cette suite sans surprise. Mississauga Goddamest pourtant un disque en tout point réjouissant, gorgé de mélodies limpides, souvent jouées pied au plancher par nos gays lurons multiinstrumentistes. Ensemble à cordes, orgue Hammond, piano, glockenspiel, tambourin, vibraphone, harpe, percussions, cor, trombone, guitares, basse et batterie forment non seulement un chouette inventaire à la Prévert, mais aussi un son très dense, mis au point par Joel Gibb (rien à voir avec les hilarants barbus permanentés des Bee Gees), l'auteur compositeur à la tête du collectif canadien. Il faut avoir vu la dizaine de trublions rigolards et costumés s'agiter sur une petite scène parisienne au printemps 2003 pour mesurer la folie et la beauté de l'entreprise. À défaut, on peut imaginer une sorte de Belle & Sebastian arty et gentiment secoué, transformant chaque apparition en performance. Ces cameramen cachés partagent avec leurs cousins écossais de grandes facilités mélodiques (Doot Doot Plotet I Want Another Enema, potentiels tubes) et un goût pour les constructions baroques (Builds The Bone). Le petit plus canadien, c'est un talent certain pour la provocation, avec des textes crus et étranges où Joel Gibb brasse allègrement politique, sexe et religion. Musicalement, on frise l'hystérie à deux reprises (Fear Is Onet Bboy), mais la mélancolie reprend pleinement ses droits sur le somptueux morceau éponyme, sérieux indice d'autres grands disques à venir.