Comme toujours avec les groupes cultes, l'empreinte laissée par l'album S(p)ider(l)an(d) où on chargeait du mercure à la fourche en tutoyant les astres, marque un point de non-retour. Une borne absolue et définitive qu'on ne voudrait pour rien au monde détacher de nous. Mais il y a les hommes, et le silence de Brian McMahan n'avait que trop duré. Il faudra donc faire avec et tenter de ne pas juger ce deuxième album de The For Carnation à l'aune de Spiderland, cet objet très (trop ?) personnel. Pas si simple de ne pas reconnaître dans un langage qui a changé, les marques de nos émois, ce chant parlé murmuré, ces rythmes fatigués de vivre. Mais il faudra s'en contenter et chercher ailleurs l'intérêt de ces six longs morceaux. Pour le meilleur, on aimerait croire que cette fluidité profonde se frotte à Talk Talk ou Bark Psychosis, groupes silencieux qu'on a pu justement n'apprécier qu'après Slint, ou encore cette métronomie butée et finalement poétique que l'on trouvera, en grattant patiemment l'écorce du métal, chez Shellac. Au pire, on y trouvera beaucoup trop de questions sur nous-mêmes et le rapport complètement démesuré qu'on instaure avec certains disques. Toujours est-il que le principal reste la patience, cette faculté d'adaptation et de peine à venir, ce mystère qui fait que les choses, McMahan ou pas, viennent à vous. Ou non. Ce disque est bien trop beau pour qu'on aille aux putes en toute discrétion.