Comme souvent avec The Flaming Lips, les choses sont un peu compliquées. Alors qu'ils enregistraient cet album, essentiellement dans le studio de Dave Fridmann, Wayne Coyne et ses hommes travaillaient en parallèle sur deux BO : l'une pour un documentaire sur des pêcheurs de l'Oklahoma (ambiance country et western acoustique), l'autre pour un film intitulé Christmas On Mars (atmosphères spatio-temporelles et métaphysiques). Wayne admet que ce disque a été partiellement contaminé par ces deux projets antinomiques. Yoshimi Battles The Pink Robots (qui tire son nom d'un délire en trois morceaux qui mettrait aux prises, dans une arène, la Yoshimi des Boredoms avec des robots dont l'un tombe finalement amoureux...) est le Lp le plus "produit" des Flaming Lips et porte de façon remarquable la griffe de Fridmann : textures à la fois chaudes et inquiètes, travail sur la fragilité de la voix et sur les marges sonores de la santé mentale. Toutes choses qu'on retrouve à la fois chez Mercury Rev et, de façon un rien moins affirmée, dans le précédent et remarquable The Soft Bulletin. Cependant, les Américains, marqués par le rock psychédélique, ont tiré cette fois la carte d'une plus grande fantaisie, jouant de l'équilibre ultra délicat entre humour et émotion profonde. Rien de "naturel" dans les sonorités, et c'est bien là qu'était le défi : créer un univers sonore parallèle qui conserve une partie des codes du rock classique (on trouve notamment des ballades à pleurer), mais les transpose dans un ailleurs aux couleurs plus tranchées que la normale. Le space rock du nouveau millénaire a trouvé son album de référence.