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Chronique live - 23/09/2009 de The Fiery Furnaces

interviews


Un concert presque ordinaire à la Maroquinerie.

Un an après la sortie de leur disque live Remember, les deux Friedberger sont méconnaissables. Qu'on ne s'y méprenne pas. De l'extérieur, ça ressemble à la même chose : Eleanor a toujours son look tout droit sorti des années 60, sa frimousse à moitié dissimulée par une frange, et elle passe toujours une bonne partie du concert agenouillée pour mieux se perdre dans les riffs de guitare déchaînées. Mais ceux qui ont écouté I'm Going Away ont dû sentir la révolution. Des morceaux de trois minutes avec une trame couplet-refrain-couplet, et presque pas de ruptures au sein d'un même titre ? Voilà qui bouscule bien les habitudes installées par trois années d'albums-concept déboussolants - et à vrai dire, on commençait à prendre goût à cette désorientation. Retrouver des repères somme toute assez (trop) classiques alors qu'on aimait se perdre, ça fait parfois râler.

Avec un nouvel album qui nous ramène aux tubes pop de la période EP, il était prévisible que les Fiery Furnaces fassent tout simplement un concert... normal. Avec des pauses entre les titres. Avec des morceaux fidèles à l'album. Et sans claviers déjantés. En d'autres termes, plutôt que d'être fondues en une sorte de medley inédit, comme si une explosion atomique les avait fragmentées pour en redistribuer les éclats dans une configuration nouvelle, les chansons sont restituées telles quelles. Avec bien sûr deux, trois accélérations de rythme par-ci, quelques instants de chaos sonore par-là (on ne se refait pas) ; mais dans l'ensemble, très peu de liberté est prise.

D'où vient alors l'intérêt d'assister à un concert des deux F, si ce n'est pas pour les voir délivrer leur nouvelle cuisine en direct ? D'abord il y a la véritable performance théâtrale de mademoiselle Friedberger, dont le travail tient presque plus de la déclamation que de la chanson. Il faut l'entendre persifler une certaine "blonde lady" sur Ex-Guru et fusiller du regard un adversaire invisible, incarner une amoureuse esseulée sur Waiting To Know You, articuler d'un air placide des textes quasiment surréalistes. Il faut aussi voir Matthew déchirer le silence de ses accords de guitare ravageurs et s'embarquer dans son propre voyage sonore.

Ensuite, les fans des accents metal de Widow City se réjouiront de prendre un bain de bruit sur un Automatic Husband encore plus ronflant et chaotique que d'habitude. Et puis, même si on garde un sourire poli et vaguement lassé sur des titres comme The End Is Near ou Keep Me In The Dark, il faut reconnaître que l'enthousiasme des Friedberger sur Charmaine Champagne ou Drive To Dallas sauve la mise et donne vie à ces morceaux aux mélodies parfois trop convenues. Enfin, le rappel suffit à lui seul à donner sens à cette soirée. Un fragment de I'm In No Mood console les inconditionnels de Bitter Tea, tandis qu'un Here Comes The Summer triomphant vous installe un mélange de nostalgie et d'euphorie dans le coeur. Les Friedberger restent de véritables Pygmalion, capables de donner vie à n'importe quelle mélodie et de secouer n'importe quel public.

Catherine Guesde


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