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Autopsy - 14/01/10 de The Fiery Furnaces

interviews
Après Brigitte Fontaine, on a trouvé un autre zinzin pour se plier à notre rubrique erratique Autopsy. Où l'artiste s'épanche sur son propre disque afin de tordre le dictat classique de la critique d'album. C'est Matthew Friedberger, le frère de la sœur dans The Fiery Furnaces, qui s'est prêté au jeu. Il nous donne sa façon de voir ses deux disques solo réédités le 1er février : l'à peu près pop et classique Winter Women, doublé du déglingué Holy Ghost Language School. Où il est question de communautés, de professions, d'une phrase de seize lignes, de régions, d'opéra rock et de sentiments. La traduction a été assurée par la valeureuse Catherine Guesde, qui n'a pas hésité à rester cloîtrée durant six jours dans une bâtisse retirée pour parvenir à rendre intelligible la prose du fulminant Matthew.


"Winter Women parle de taxis japonais et des concours de beauté de la diaspora chinoise ; de machines à écrire en chinois conçues par des Japonais ; des missionnaires américains et amoureux qui se servent de ces machines ; de vieilles sœurs qui aiment se détester ; du chef d'une compagnie pétrolière au XIXème siècle et de son ex-fiancée plagiaire ; d'un colonel anglais manchot (l'un des mes cousins, en fait) et du prétendu maquereau, excessivement sentimental, d'un soldat ; des employés très inventifs d'une compagnie de téléphonie britannique ; des mécaniciens innovants de Toledo (Ohio) ; de nièces malheureuses, des locaux provisoires d'une école, et du parking du magasin de pièces détachées automobiles avoisinant, sur le Linden boulevard à Brooklyn, New York ; de la navette de Franklin Avenue à Brooklyn, New York ; d'avocats, de suicide, et de testaments que les gens se disputent dans le vieux Hong Kong ; d'amoureux en deuil, de suicide et du Corps des Ingénieurs de l'Armée, près des affluents du fleuve Missouri ; de bateaux-casino flambant neufs ; d'espionnage industriel dans l'Alberta ; de la communauté des collectionneurs au marché noir, au XIXème siècle et de pistes de courses hippiques qui ont définitivement fermé ;  de jolies vendeuses de Mazda sur Long Island ; du génial Albert Brisbane ; de promenades le long de la Seine ; et d'autres choses. C'est un disque de rock, dont l'objectif est, pour ainsi dire, d'être à la fois direct et digressif.

Holy Ghost Language School raconte l'histoire d'un homme d'affaires américano-polonais qui tente d'ouvrir, à des fins commerciales, une école de langue chinoise au Japon dont le personnel n'est pas constitué de Chinois mais d'enseignants ayant reçu le don pentecôtiste de "parler en langues", comme ils disent. C'est un opéra rock dont l'intrigue disparaît comme par enchantement – comme il se doit, avec un sujet de ce genre – pour faire place à des machines rythmiques et des pédales d'effets.

Je dirais que ces deux disques s'adressent aux "durs d'oreilles", c'est-à-dire à ceux qui aiment "écouter dur", c'est-à-dire à ceux qui aiment écouter les détails".
Matthew Friedberger


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