Quand ils le veulent – et seulement quand ILS le veulent – les Fiery Furnaces sont capables de mettre une branlée à tout ce qui grouille d'aspirants songwriters sur cette terre. De l'intouchable Ep (2004) qui n'en est pas un, aux formidables Waiting To Know You ou Benton Harbor Blues, habilement dissimulés sur le (comme toujours) difficile Bitter Tea (2006), Matthew et Eleanor Friedberger ont déjà eu l'occasion de démontrer qu'ils possédaient cette capacité innée à écrire la chanson de nos rêves. Alors pourquoi diable se livrer sans cesse à d'imbittables exercices sonores ? Eh bien, parce que. Tout comme l'enfant trop gâté n'a d'autre choix que de mutiler son nounours, The Fiery Furnaces ne peut pas renoncer à se saborder. Loin de nous l'envie de les plaindre, mais c'est sans doute le seul moyen qu'ils ont trouvé pour se sentir vivants. Un peu comme ce “sombre crétin” de Pete Doherty avec la dope. Il y a des gens comme ça, qu'on ne comprend pas toujours. Mais n'en sont-ils pas plus attachants ? À qui voudra bien faire l'effort de lui prêter une oreille amie, ce duo paiera triple le salaire de sa sueur. Qui se sera contenu le long de Philadelphia Grand Jury, Duplexes Of The Dead, Automatic Husband, Ex-Guru et Clear Signal From Cairo, jouira d'autant plus fort aux premiers soubresauts de l'imparable My Egyptian Grammar. Qui empruntera sans rechigner le chemin tortueux de The Old Hag Is Sleeping, Japanese Slippers, Navy Nurse, Uncle Charlie et Right By Conquest pourra se délecter d'une Restorative Beer au sommet. Ces guides de randonnée en manque d'adrénaline ont décidé d'explorer des chemins de traverse en notre compagnie : essayons tout de même de les suivre, car vu d'en haut, le spectacle est magnifique.