C'est triste à dire, mais la sortie d'un nouvel album de la première
dame de Franz, tout le monde s'en cogne. Surtout lorsqu'il est live et double,
voire carrément triple dans sa version vinyle. Pourtant, Matthew et Eleanor
Friedberger (pour ceux qui n'auraient pas suivi, cette dernière est la petite
amie d'Alex Kapranos) mériteraient bien des suffrages. Sans compromis, toujours
à bonne distance de la facilité, le duo américain se montre d'une générosité sans
bornes envers son public, qu'il gave sans cesse de nouveaux disques roboratifs
et intransigeants. Jamais à court d'idées pour impliquer sa petite troupe de
fidèles, The Fiery Furnaces a imaginé un concept tout neuf pour sa dernière
tournée américaine : le “democ-rock”. Autrement dit, des concerts
participatifs, au cours desquels les spectateurs sont invités à voter pour
leurs morceaux favoris, qui sont ensuite interprétés à la demande.
Mieux, les
divers supports qui ont servi aux électeurs de bulletins improvisés (listes de
courses, mots d'amour, tickets de transports…) sont précieusement conservés par
le groupe pour donner naissance à de nouvelles chansons comme autant de
cadavres exquis. Pourtant, si cette initiative fournissait indéniablement une
touche de légèreté à des shows affolants de prouesses techniques, elle
n'apporte rien à leur enregistrement sur support audio. Privés de la vue des
musiciens (sur scène, les frangins s'accompagnent du batteur Robert D'Amico, de
Jason Lowenstein à la basse ou de Kyle Hollingsworth aux claviers) et de
l'ambiance de ces soirées (les applaudissements sont le plus souvent coupés),
on se retrouve tout bonnement avec cinquante et un (sic) morceaux de prog-rock
bavard mêlé de kilomètres de spoken word, soit le visage le plus
cauchemardesque d'une formation pourtant divine. Inutile de dire qu'en sus, ces
chansons favorites pour lesquelles on aurait bien voté sont ici méconnaissables
puisque traitées de façon différente chaque soir. Bref, un concert des Fiery
Furnaces est une expérience intense et extraordinaire, mais le résultat sur
disque s'apparente plutôt à une punition. Qu'importe, puisqu'une poignée
d'inconditionnels continuera à les chérir, comme si de rien n'était.