Pour le meilleur et pour le pire, The Fiery Furnaces reste un groupe tête à claques. Là où d'autres tueraient père et mère pour caresser un peu de cette évidence mélodique qui honore Eleanor et Matt Friedberger, eux n'hésitent pas à dédier un album entier à leur grand-mère octogénaire. Lunaire et cyclothymique, leur musique ne peut pas se contenter (sic) d'être bien troussée, mais s'oblige à être malmenée par des procédés finalement aussi simples (boucles, bandes inversées, breaks récurrents) que leurs chansons. Si les Friedberger n'envisagent donc leur musique que de manière conflictuelle, celle-ci, telle le chat en équilibre précaire sur le bord de la baignoire, parvient toujours à se rattraper au dernier moment. Comment diable y parviennent-ils sur la longueur d'albums saturés de Moog et avoisinant, comme c'est encore le cas avec Bitter Tea, les soixante-dix minutes ? C'est, une nouvelle fois, plus simple que ce que leur réputation ne laisse penser. Si le groupe aime s'éparpiller, il ne tourne en réalité qu'autour des deux ou trois mêmes idées, ce qui explique la longueur de ses disques : chaque chanson présente une nouvelle facette de la même obsession. Eleanor et Matt ne lâcheront pas l'affaire avant d'avoir fait le tour de la question, à coups de sonorités biscornues typiques du Chapi- Chapo de François de Roubaix ou d'élucubrations familières à Jean-Jacques Perrey. Cette attitude exténuante, mais résolument intense et romantique, les place davantage du côté d'Electrelane que de leurs compatriotes promulgateurs de claviers vintage, Grandaddy et The Flaming Lips en tête. Il convient d'en accepter la théâtralité, autrement...