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Biographie

Au crépuscule des années 80, deux figures emblématiques de la scène musicale s’étaient lancé dans un délicieux défi, qui, aussitôt dévoilé, avait fait naître chez tous les fans transis de “pop indé” une fabuleuse sensation de vertige. Pour ces derniers, l’idée de réunir dans un seul et même projet “les synthés de New Order et les guitares des Smiths relevait du fantasme inavouable, même à leur plus intime confident. Fantasme que la majorité, entre deux soupirs de satisfaction, pensait se voir réaliser puisque les deux instigateurs de cette mission (a priori) impossible répondaient aux noms de Bernard Sumner et Johnny Marr. Mais la suite des événements, sans pour autant être dénuée d’intérêt et de qualités, en laissera plus d’un sur sa faim. Et dire que la plupart de ces mélomanes chagrinés ne soupçonnaient pas l’existence d’un autre duo, originaire de Mitcham – une banlieue sans âme du sud de Londres, bien loin de Manchester, donc –, qui, sans bruit ni fracas, affichait peu ou prou la même ambition saugrenue. À la différence (de taille, la différence) que, pourtant sans moyens (ou presque), ces deux garçons, rapidement rejoints par une cohorte de chouettes compagnons, atteindront leurs buts. Les Field Mice naissent à la fin de l’année 1987 de l’imagination de Robert Wratten – féru d’un label nommé… Factory Records – et Michael Hiscock, deux amis de collège qui se sont retrouvés par hasard quelques années plus tard dans un magasin de disques de Croydon. C’est dans cette formation réduite à sa plus simple expression, aidée par un jeune producteur nommé Ian Catt (qui deviendra plus tard l’homme de l’ombre de Saint Etienne, entre autres connexions entre ces deux formations) que ces garçons réalisent leurs premiers singles et leur album inaugural, Snowball. Accueillis par Sarah Records, structure miniature qui a adopté comme profession de foi les mélodies limpides et les arpèges chatoyants, ils deviennent rapidement l’emblème de la maison. Tous ceux qui sont tombés – par hasard, le plus souvent – sur ce second simple touché par la grâce, le bien nommé Sensitive (un titre qui résonne encore aujourd’hui comme une déclaration d’intention) suivront dès lors à la trace ce groupe pas vraiment comme les autres. Car il était pour ainsi dire impossible de sortir indemne de cette chanson en équilibre précaire, transpercée par des éclairs de guitares délicatement sales, ornée par une voix à la nonchalance contagieuse et transportée par un  refrain solennel. En fait, chaque composition du tandem sonne dès lors comme un classique, procure cette sensation enivrante qu’elle s’adresse personnellement à chacun d’entre nous. Boîte à rythmes bancale, basse élastique et mots caressés sont les plus beaux atours de ces belles ritournelles, dont certaines flirtent même, à demi-mots et les yeux baissés, bien sûr, avec une musique house qui s’apparentait alors à une Terra Incognita. Pour s’en convaincre, il suffit aujourd’hui d’écouter  Let’s Kiss & Make Up faussement hédoniste, dont… Saint Etienne se chargera de dévoiler, quelque trois ans plus tard, toutes les qualités dansantes. Rejoints par Harvey Williams, Robert et Michael iront encore plus loin dans leurs pérégrinations électroniques dès Triangle, morceau d’ouverture de Skywriting, deuxième Lp réalisé en juin 1990, alors que les Beloved et autres Primal Scream viennent tout juste de découvrir une certaine forme d’extase. Nos amis, eux, ne semblent pas avoir ce penchant pour les substances hallucinogènes, préférant se doper naturellement, comme le suggère sur l’hypnotique Humblebee le fameux mot d’ordre déclamé par une voix féminine samplée : “Chocolate/Love/Sex”. Mais jamais ils ne tournent le dos aux ambiances boisées et aux arpèges d’une ligne si claire qu’elle en devient aveuglante. C’est en merveilleux équilibristes que les Field Mice se joueront jusqu’au bout de cette dichotomie, le temps d’un ultime opus (For Keeps, à l’assurance presque étonnante) et de deux singles, autant de disques pour lesquels le trio est devenu quintette, avec les renforts de deux fans, la jeunette Annemari Davies (au chant et clavier) et Mark Dobson (à la batterie). Cette formation éphémère va tout de même trouver le temps de célébrer l’un des plus beaux mariages jamais imaginés entre la pop la plus classique et la danse la plus épidémique, à la lumière d’un Missing The Moon aveuglant, classique de cette époque révolue où quelques chansons, rares et chéries, s’écoutaient aussi bien dans sa chambre à coucher que sur la piste d’un club enfumé. Ensuite, le groupe jette l'éponge, mais son cœur continue de battre par l'entremise du discret mais obstiné Robert Wratten, qui s'ingénie toujours à façonner des pop soins baignées dans des effluves mélancoliques, d'abord sous l'identité Northern Picture Library, puis sous celle de Trembling Blue Stars, dont le dernier album en date, Exploring The Shadows, est une merveille de spleen idéal. 

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