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Entrevue - 04/05/11 de The Feelies

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Trente ans après, au terme d’une attente qui laissait peu de place à l’espoir résiduel, The Feelies sort enfin un cinquième album, Here Before, qui, de surcroît, n’entache en rien la discographie presque parfaite d’un des groupes les plus importants de l’histoire de l’indie rock. Bien au contraire. Parties de guitares croisées et incandescentes, songwriting impeccablement léché et mélodies boisées : tous les ingrédients de la formule semblent s’être bonifiés avec les ans. Comment les éternels et brillants binoclards, Glenn Mercer et Bill Million, expliquent-ils alors leur silence assourdissant long de trois décennies et les secrets de leur potion de jouvence ? [Interview Matthieu Grunfeld].


  Way Down by The Feelies

Vingt ans se sont écoulés depuis la sortie de votre précédent album, Time For A Witness (1991), pourquoi avoir attendu si longtemps avant de vous reformer ?
Bill Million (guitare) : Je sais que cela peut paraître surprenant, mais je reste toujours réticent à employer le terme de reformation à propos de The Feelies, simplement parce que nous n’avions jamais clairement évoqué l’idée d’une séparation définitive. Dans mon esprit, il s’est toujours agi d’une interruption, d’une pause. Et même si celle-ci a duré plus longtemps que les autres, il ne faut pas oublier qu’en tant que groupe, notre rythme de travail n’a jamais été très traditionnel. Beaucoup de gens l’ignorent, mais nous jouions ensemble depuis plus de cinq ans avant la sortie de notre premier album, Crazy Rhythms (1980). Nous avons attendu six années avant d’enregistrer le second (ndlr. The Good Earth, 1986). Bon d’accord, vingt ans, c’est un peu plus long que d’habitude, même selon les critères de The Feelies, mais pas tant que ça finalement.
Glenn Mercer (chant, guitare) : En réalité, cela fait presque dix ans que Bill et moi avons repris contact. Je l’ai rappelé en 2001, d’abord pour discuter de contrats d’édition sur d’anciens titres. Et assez vite, nous avons évoqué la possibilité de rejouer ensemble sur scène, pour quelques dates de concerts.

Pourtant, ces premiers concerts communs n’ont eu lieu qu’en 2008…
GM : Oui, c’est vrai, mais, lorsque nous en avons discuté pour les premières fois, nous étions tous les deux d’accord sur un point : il était hors de question de nous produire sous le nom de The Feelies sans que l’ensemble des membres de ce que je considère comme la période classique du groupe, celle des trois albums parus entre 1986 et 1991, soient concernés par le projet. Du coup, il a fallu trouver le moyen de combiner non pas deux mais cinq emplois du temps différents, ce qui s’est avéré d’autant plus difficile que nous n’habitons pas tous au même endroit. Certains sont sur la côte Est, Bill est en Floride. Entre-temps, j’ai aussi dû assumer l’enregistrement et la promotion de mon album solo (ndlr. Wheels In Motion, 2007) sur lequel, à l’exception de Bill, les trois autres Feelies ont joué, ce qui nous a déjà permis de remettre en place certains automatismes.
BM : J’aurais volontiers participé également à ce travail mais, il y a quelque temps, mon fils est tombé assez gravement malade, et il m’était impossible de me consacrer pleinement à la musique pendant toute sa période de convalescence.

Quel rôle a joué Sonic Youth dans ce processus ?
BM : Cela a contribué à accélérer les choses, c’est sûr. Lorsque Steve Shelley nous a sollicités, fin 2007, pour assurer la première partie de Sonic Youth pour leur concert du 4 juillet (ndlr. jour de la fête nationale aux États-Unis), la proposition était tellement alléchante qu’elle nous a servi de catalyseur.
GM : De surcroît, il était inenvisageable de remonter sur scène dans un grand festival sans un minimum de préparation. Nous avons donc dû caler quelques dates de concert préalables au Maxwell’s, un club d’Hoboken dans lequel nous avions déjà joué très souvent et dont Steve Shelley est copropriétaire, pour nous échauffer un peu.

Lors de ces premières dates, vous ne jouiez que d’anciens titres. Quand avez-vous commencé à travailler sur de nouvelles chansons et à évoquer l’enregistrement d’un album entier d’inédits ?
GM : À vrai dire, tout cela s’est enchaîné de manière assez simple et naturelle. Nos deux premiers albums ont été réédités peu de temps après, ce qui nous a donné l’occasion de rejouer pour quelques dates en Angleterre. Au fur et à mesure, avec l’enchaînement des répétitions et des concerts, nous avons retrouvé une plus grande cohésion collective et éprouvé de plus en plus de plaisir à jouer ensemble. Au bout d’un moment, il nous a semblé dommage de ne pas profiter de cette dynamique pour intégrer progressivement de nouveaux titres à la setlist des concerts. C’est ainsi que nous avons fini par décider de travailler sur un nouvel album. Nous avons pris tout le temps nécessaire pour travailler sur des démos afin de vraiment peaufiner chaque titre. En tant que musicien, il est toujours plus intéressant de créer du neuf plutôt que de se contenter d’entretenir la nostalgie.

En parlant de nostalgie, quels souvenirs ont réveillé en vous les rééditions de Crazy Rhythms (1980) et The Good Earth (1986) il y a deux ans ?
GM : Globalement, excellents sur le plan musical et humain. Un peu moins pour ce qui concerne l’aspect matériel et commercial.

Avec le recul, comment expliquez-vous le décalage entre votre succès critique presque immédiat et la relative indifférence du grand public ?
BM : Je crois que nous n’avons jamais été un groupe facile à identifier genre musical, à étiqueter et donc à vendre. Même à nos débuts, nous étions un peu en marge de toute la scène punk new-yorkaise. Nous n’habitions pas Manhattan, mais la banlieue la plus plouc, le New Jersey. Des artistes comme Television ou Richard Hell, qui étaient un peu nos modèles, nous ont donné un coup de main en nous invitant en première partie. Mais nous sommes arrivés au plus mauvais moment, pile entre deux générations, un peu après Talking Heads ou Blondie qui avaient déjà signé leurs contrats et un peu avant tous les artistes de la no-wave. Par conséquent, nous n’avons jamais vraiment bénéficié d’un effet de mode collectif ni suscité un grand intérêt de la part des grosses maisons de disques.

Est-ce pour cette raison que vos premiers enregistrements ont été édités sur des labels anglais, Rough Trade puis Stiff ?
GM : À l’époque, il n’existait pas encore vraiment de structures indépendantes aux États-Unis et les Anglais ont été les pionniers. Geoff Travis nous a contactés après avoir assisté à un concert. Nous lui avons envoyé une démo de Fa-Cé La, et il l’a trouvée suffisamment réussie pour la publier sous forme de single. Les choses en sont restées là. Je ne sais même pas si Rough Trade avait les reins suffisamment solides pour produire des albums à l’époque. Stiff nous a proposé une petite avance pour enregistrer Crazy Rhythms, mais, là encore, nos relations avec le label se sont assez vite détériorées. Nous avons toujours refusé de travailler avec un producteur extérieur au groupe parce que nous savions très précisément quel son nous cherchions à obtenir et comment faire pour l’atteindre. Nous avons pris plus de temps que prévu en studio et avons donc dépassé le budget initialement prévu. Mais nous avons entièrement financé le complément sur nos propres fonds.
BM : Je pense surtout qu’un label comme Stiff cherchait plutôt à promouvoir sa propre image davantage que celle de ses artistes. Nous avons toujours refusé de participer à de grandes tournées collectives en compagnie d’autres signatures. Nous avions l’habitude de ne jouer que sept ou huit concerts par an et nous n’avions aucune envie de partir sur la route pendant trois mois pour passer nos journées à attendre que les autres groupes finissent leur balance avant de passer sur scène.


MAGIC RPM  #152


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blacksheep - 04/05/2011 21:05
Comme si c'était hier...