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30/DVD The Convoy Tour-25 Years Of The Ex de The Ex

chronique d'album
Autant d’années passées à sillonner les chemins de traverse du monde entier et tenir encore debout, cela valait bien une commémoration. Car le groupe punk hollandais The Ex est un cas à part tant par la longévité d’une carrière jamais à bout de souffle que par l’intégrité hardcore de sa démarche. Dans un squat d’Amsterdam, en 1979, le mot d’ordre qui agitait cette bande d’étudiants aux idées larges était de faire vaciller la routine consumériste grandissante, tout en transformant l’image du groupe de rock rivé au succès par celle, plus inhabituelle et moins glamour, d’un collectif d’anarchistes, observateurs incorruptibles des injustices modernes.

Bien entendu, 30 est moins un best of que la chronologie d’une trajectoire en tous points hors norme. Le choix judicieux des titres et leur agencement offrent l’opportunité de dresser le portrait fidèle d’une formation culte encore très méconnue. Là où l’on s’attendrait à une érosion du style punk à travers le passage du temps, l’œuvre de The Ex atteste, au contraire, d’un désir jamais assouvi de progresser dans le bruit, l’expérimental, le jazz et la world music plutôt que de déposer les armes en s’abaissant aux convenances du rock, et par contagion, de la pop. Chaque album est le fruit d’une rencontre miraculeuse avec des musiciens d’horizons proches (Sonic Youth, Tortoise, Shellac) et lointains (le violoncelliste Tom Cora, le saxophoniste éthiopien Getachew Mekuria), et s’écoute comme l’instantané d’une époque avec ses prises de position politiques et esthétiques.

Le premier disque recouvre les années 80, période durant laquelle le personnel de The Ex a beaucoup changé jusqu’à se stabiliser à partir de Pokkeherrie (1985) avec l’arrivée de la batteuse Katherina, dont le jeu délicatement martial et le travail sur les percussions deviendront la marque de fabrique du groupe. Sans oublier G.W. Sok en père fondateur, dont les paroles incantatoires et le style parlé hurlé, proche de l’agit-prop, ne semble connaître aucun répit. De l’inaugural et primitif Disturbing Domestic Peace (1980) aux structures plus complexes, hypnotiques et free de Joggers And Smoggers (1990), The Ex maîtrise le chaos mais finira par se jeter complètement dans l’improvisation au contact d’autres cultures musicales. C’est cet aspect le plus passionnant et déroutant qui se déploie sur le second disque avec plusieurs titres extraits de Instant (1995), sommet avant-gardiste et bruitiste où seule s’exprime l’intuition.

Puis la rencontre déterminante avec le génial Steve Albini ramène The Ex vers ses premières amours punk, en leur offrant une production à la fois brute et compacte sur Starters Alternators (1998), Dizzy Spells (2001) et Turn (2004) trois de leurs albums les plus “classiques” au sens où leur force de frappe se révèle immédiatement bouleversante. Depuis tout ce temps, la famille de The Ex n’a cessé de s’élargir, amenant dans son sillage des musiciens et performers d’âges et de nationalités variées au gré de concerts captivants, organisés autour de collaborations généreuses et d’échanges fraternels. Filmé en 2004, The Convoy Tour-25 Years Of The Ex retrace une tournée marathon d’une semaine sur les routes de France en compagnie de têtes brûlées d’ici et d’ailleurs venues festoyer à l’occasion des vingt-cinq ans du groupe. Véritable aubaine pour les non-initiés, ce documentaire remarquable musarde entre la scène et les coulisses, et redonne tout son sens au concept de scène alternative.

Du spoken word obsédant et déshumanisé du Français Anne-James Chaton à la noise joyeuse des Bordelais d’Api Uiz, des envolées poignantes du chanteur éthiopien Mohammed Jimmy Mohammed aux jeux de construction pour musique discrètement concrète de Silent Block, ces performances libérées de toute contrainte exercent un réel pouvoir de fascination non seulement parce qu’elles ouvrent de nouvelles perspectives musicales, mais surtout parce qu’elles incarnent à elles seules une forme de lutte implacable contre la standardisation qui nous guette. Soit tout ce que The Ex s’est attaché à dénoncer au cours des trente dernières années, en portant à bout de bras une discographie foisonnante, modèle unique d’une indéfectible radicalité.
Thomas Bartel
MAGIC RPM  #131


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