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Blind-test - 23/11/11 de The Drums

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Si la girouette hype lui a tourné le dos, The Drums n’a pas changé d’une mèche de cheveu et maintient, avec Portamento, le cap d’une pop sentimentale tournée vers l’Angleterre des eighties. Tentant d’éviter les pièges d’un blind-test 100% indie, le chanteur Jonathan Pierce défend l’érudition présumée de son groupe tout en dévoilant sa vision de la pop. [Interview Sébastien Jenvrin].

THE DURUTTI COLUMN - The Missing Boy

The Durutti Column ! C’est sans aucun doute le plus obscur groupe de tout le catalogue Factory. Et le plus injustement mésestimé aussi. Ce qui nous a plu d’emblée, c’est son identité sonore fortement prononcée. À l’instar de The Smiths, les Ramones ou The Strokes, tu reconnais la patte de Vini Reilly à l’écoute de n’importe quelle chanson. C’est assez fascinant, et peu répandu de nos jours, de constater que quelques notes suffisent à te relier à un nom. Aujourd’hui, toutes les formations se sentent obligées de devoir prouver qu’elles évoluent, devenant plus matures et intelligentes. Verser dans l’expérimental est désormais considéré comme la voix royale vers la réussite artistique. À l’écoute de Portamento, les gens comprendront que ce n’est absolument pas notre créneau. On voulait qu’à chaque note, on reconnaisse The Drums.

BLUEBOY - So Catch Him

Blueboy… So Catch Him ! Celle-ci est sans aucun doute dans le top 5 de mes chansons favorites, voire ma préférée de tous les temps. Je me souviens de la première fois où je l’ai entendue, c’était sur une compilation Sarah Records que je venais de me procurer. J’étais en train de marcher dans les rues enneigées de Brooklyn, c’était beau comme dans un film… D’un seul coup, la chanson commence et me foudroie sur place. Cette introduction est sublime, tout comme les paroles, qui sont d’une simplicité désarmante. Je pense notamment à cette phrase sur le fait qu’il soit en colère parce qu’il s’est coupé les cheveux et que la personne pour qui cette coiffure était destinée n’a rien remarqué. C’est tellement pur et naïf, mais à la fois très beau. Ces paroles immatures et désespérées m’ont profondément influencé, au risque de passer pour un grand adolescent tragique.

ALTERED IMAGES - Don’t Talk To Me About Love

Ça ressemble à un vieux tube disco des années 70 ! (Rires.) Je ne vois pas… Peut-être que la voix m’éclairera davantage. On dirait Altered Images, mais ce n’est pas ça. Si ? Clare (ndlr. Grogan, chanteuse du groupe) nous a rejoints sur scène à Londres durant la tournée de notre premier album. Nous sommes restés assez proches. Elle m’a raconté à plusieurs reprises à quel point elle rêvait de devenir une énorme star et hisser Altered Images au sommet – sans doute pour cette même raison qu’elle s’est tournée depuis vers le cinéma. Il y avait des étoiles dans ses yeux, c’était assez naïf et romantique. Elle a une vision de la pop très mainstream. Pour elle, ce genre de musique signifie avant tout avoir du succès et plaire à un maximum de personnes. On a sans doute un peu perdu cette vision simple et directe. Bien sûr, je rêve aussi d’un monde où Altered Images ou The Field Mice passeraient à la radio, mais je ne suis pas aussi candide qu’elle pour y croire.

THE WAKE - Judas

Je connais évidemment ce groupe… Jacob (ndlr. Graham, le guitariste) est un vrai fan de The Wake. Il aurait trouvé aussitôt, lui. J’aime beaucoup leurs tubes, mais je ne connaissais pas ce morceau-là. Jacob aime à répéter que The Wake est ce que New Order aurait dû être, et il a sans doute raison. The Wake a toujours eu un truc en plus : un synthé hypnotique, un son de guitare plus raide. Là où New Order écrivait des chansons comme Regret ou Run – qui sont totalement géniales, hein –, The Wake pondait Pale Spectre. Bref, The Wake est une version améliorée de New Order, mais totalement méconnue. Un peu comme ce qu’est Orange Juice par rapport aux Smiths.

SURFER BLOOD - Harmonix

Attends, c’est une formation actuelle. Ah… Surfer Blood. (Sourire.) Je ne suis pas fan. C’est Jacob qui l’a découvert et a sorti un single digital sur son label Holiday Records. J’aime bien Swim, qui est une chanson dynamique et assez excitante. Mais je ne me sens pas très proche de leur univers. Ça m’évoque parfois ces mauvais groupes de rock universitaire que des filles un peu grassouillettes aiment écouter accoudées au bar, une pinte à la main. Non, franchement, on est à mille lieux de ça. Enfin, je l’espère. Sufer Blood sonne comme Weezer et nous comme une version futuriste de Phil Spector. Cela dit, je comprends pourquoi certains ont pu nous comparer. Nous avons enregistré nos albums respectifs en Floride, étions amis et avons utilisé le mot “surf” – eux pour Surfer Blood et nous avec Let’s Go Surfing –, mais la comparaison s’arrête là.

THE FIELD MICE - Fabulous Friend

The Wake ? The Cure ? Oups, c’est The Field Mice, n’est-ce pas ? C’est la voix qui m’a aidé. Elles sont toujours reconnaissables chez Sarah Records : pas très prononcées, un peu timides et souvent sur le même ton. Je ne connais pas ce titre-là. J’ai découvert The Field Mice sur Napster, quand ce mot signifiait encore quelque chose. Je me souviens avoir envoyé un de leurs morceaux par mail à Jacob. Il en est tombé immédiatement dingue et s’est mis à n’écouter que ça. Depuis ce temps, il est totalement obsédé par The Field Mice. C’est définitivement son groupe fétiche.

BEACH FOSSILS - Plastic Flowers

Plastic Flowers
The Wake ? Ah, c’est une reprise ? Je ne connais pas bien Beach Fossils, même si on a déjà partagé la même affiche. Dans la même veine, je connais mieux Craft Spells, que j’aime beaucoup. On a joué avec ces deux groupes à Brooklyn. Ils sont incroyablement jeunes et tellement doués pour leur âge.

VICTORY VIII - Vermont

Un groupe suédois ? Ah mince, je suis censé connaître – obligé même ? Peut-être qu’avec la voix… (Rires.) Que je suis nul. Horse Shoes ! Non, mais c’est bien Jacob ? Ah, Victory VIII ? Punaise, j’ai tout faux. Pas évident, il a dix mille projets à la fois, qui se ressemblent plus ou moins. C’est important pour nous de continuer à creuser nos sensibilités individuelles, en dehors de The Drums. Moi-même, je travaille sur un projet parallèle. Enfin, c’est plutôt une occupation sans grande prétention. C’est une réponse en contradiction à ce que je fais pour The Drums, avec plein de distorsions de guitares dedans, limite shoegazing. Rien à voir avec Victory VIII, donc.

ORANGE JUICE - Blue Boy

Orange Juice, évidemment ! J’adore cette chanson. D’ailleurs, c’est d’après elle que le groupe Blueboy s’est baptisé ainsi. On a rencontré Edwyn Collins à l’un de nos concerts à Londres. Il était sur scène avec The Maccabees, le temps d’un morceau. Il nous a reconnus dans les loges et est venu nous parler avec son fils Will. Quelques semaines plus tard, on faisait In Your Eyes tous les deux pour son dernier album (ndlr. Losing Sleep, 2010). C’était génial de travailler avec lui. Ce fut un grand honneur car je suis un vrai fan d’Orange Juice. Il m’a présenté sa famille et a été très accueillant. C’est quelqu’un de charmant, avec une passion indéboulonnable pour la musique, d’une honnêteté irréprochable.

VIOLENS - Already Over

Je ne vois pas du tout. Oh, Violens ? Je n’ai jamais écouté à vrai dire. Pourtant, Myles Matheny, qui nous a rejoints après le départ d’Adam (ndlr. Kessler, guitariste originel de The Drums), joue dans Violens. Adam a commencé le groupe sans savoir réellement où tout ça nous mènerait. On écrivait quelques chansons, faisait quelques concerts ici et là, passait du bon temps entre amis. Et d’un seul coup, les choses ont vite tourné et on s’est mis à avoir du succès. Je crois qu’il n’était tout simplement pas prêt pour un tel changement et peu à l’aise avec ça. Pour ce qui est de Miles, il joue avec The Drums uniquement sur scène, donc ça n’a pas complètement chamboulé notre manière de composer et d’enregistrer. En revanche, nos concerts sont plus vivants que jamais. Le départ d’Adam est finalement un mal pour un bien.
Sébastien Jenvrin
MAGIC RPM  #156


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