Et hop, le retour sans bâton. Dix-huit mois après les premières bourrasques de hype, The Drums est toujours là, avec un deuxième LP inespéré. Autant l’avouer, on ne donnait pas cher de l’avenir des minets new-yorkais, après un premier album légèrement en deçà de l’inaugural EP Summertime! (2009), alors qu’il est pourtant issu des mêmes sessions, une année sur les routes pour des concerts sans les mains, pas toujours convaincants, et un changement de personnel qu’on imagine douloureux. Mais l’élégance et l’allant de Portamento balaient vite les doutes sur le talent des jeunes freluquets. Pas de changement de direction, pas de révolution esthétique ou de retour sur soi hivernal dans une cabane au fond des bois, mais l’affirmation d’un style et une certaine grâce à habiller la mélancolie. Portamento est un album triste, où rythmiques affûtées, guitare électrique nerveuse, claviers et paroles sibyllines nouent la gorge, laissant entrevoir passion, abandon, désamour et désillusions (“The people look at me/With a little sympathy/Cause it won’t end/I won’t let go/Of what I’m holding”).
Mais triste n’est pas lent et les chansons de The Drums ont belle allure. Portées par une instrumentation et une production minimalistes mais terriblement efficaces, Book Of Revelation, Days, What You Were, Hard To Love ou I Don’t Know How To Love sont des tubes miraculeux, en équilibre entre énergie juvénile et noirceur new-wave (ces lignes de basse, cette batterie syncopée, cette guitare qui semble se battre pour passer entre les points d’appui de la rythmique). Une bizarrerie synthétique maladroite et émouvante (Searching For Heaven), des petits joyaux sombres et une fin tragique, comme il se doit. Portée par des pulsations des années 80, How It Ended dessine le portrait de Jonny Pierce en amoureux éconduit, encore sonné et étouffé par l’absence : “Those days when I would sit around you/There’s nothing like it/And even when my heart was black and blue/There’s nothing like it/And everything before and after you/It doesn’t cut it”.
