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Visiter
archive mag juillet 2008
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Les Dodos manient leur acoustique comme l’amoureux maudit ressasse ses tourments. Condamné mais doté d’une inlassable envie d’en découdre, l’âme ballante et enserrée entre une joie insensée nourrie par l’espoir illusoire et la tristesse insondable née des réalités. Avec la même intimité solaire qu’Elliott Smith sur son album éponyme de 1995, avec une intensité poignante identique à celle exhalée par Sufjan Stevens sur Michigan (2003), les San Franciscains Meric Long et Logan Kroeber parviennent à tisser au fil de mélodies inventives et aventureuses une toile de cordes enfiévrées, taciturnes et indomptables. Les doigts du premier semblent se démultiplier à mesure que ses paroles le dénudent, quand les battements primaires du second impriment à ses confessions en arpèges un caractère fauve, brutal et inédit. Paroxysmes débranchés d’anthologie, Joe’s Waltz ou l’incroyable The Season, avec leurs accords matraqués jusqu’aux pires saignements, condensent infiniment plus de rage que n’importe quelle armée de renégats dévoués à l’électricité la plus crasse. À l’inverse, les ritournelles Park Song, Ashley ou Undeclared, belles et touchantes comme un visage éclairé de larmes, déterrent du néant des trésors de tendresse et de compassion. Les singles Red And Purple ou Fools prônent, eux, une épilepsie rythmique animale et contagieuse, toujours portée par ce chant dédoublé d’une claire douceur. Alliant l’introspection et la minutie folk des plus illustres songwriters à la propension psyché et fureteuse des descendants d’Animal Collective, Visiter est un miracle de dénuement, une ode acoustique passionnée et passionnante, un cri d’orfèvres. Bénis soient les maudits.
Anna Lester
article extrait de :
MAGIC RPM #122
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