Les Dodos manient leur acoustique comme l’amoureux maudit ressasse ses
tourments. Condamné mais doté d’une inlassable envie d’en découdre, l’âme
ballante et enserrée entre une joie
insensée nourrie par l’espoir illusoire et la tristesse insondable née des
réalités. Avec la même intimité solaire qu’Elliott Smith sur son album éponyme
de 1995, avec une intensité poignante identique à celle exhalée par Sufjan
Stevens sur Michigan (2003), les San
Franciscains Meric Long et Logan Kroeber parviennent à tisser au fil de
mélodies inventives et aventureuses une toile de cordes enfiévrées, taciturnes
et indomptables. Les doigts du premier semblent se démultiplier à mesure que
ses paroles le dénudent, quand les battements primaires du second impriment à
ses confessions en arpèges un caractère fauve, brutal et inédit.
Paroxysmes
débranchés d’anthologie, Joe’s Waltz
ou l’incroyable The Season, avec
leurs accords matraqués jusqu’aux pires saignements, condensent infiniment plus
de rage que n’importe quelle armée de renégats dévoués à l’électricité la plus
crasse. À l’inverse, les ritournelles Park
Song, Ashley ou Undeclared, belles et touchantes comme
un visage éclairé de larmes, déterrent du néant des trésors de tendresse et de
compassion. Les singles Red And Purple
ou Fools prônent, eux, une épilepsie
rythmique animale et contagieuse, toujours portée par ce chant dédoublé d’une
claire douceur. Alliant l’introspection et la minutie folk des plus illustres
songwriters à la propension psyché et fureteuse des descendants d’Animal
Collective,Visiter est un miracle de
dénuement, une ode acoustique passionnée et passionnante, un cri d’orfèvres.
Bénis soient les maudits.