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La rumeur gronde au-dessus de Time To Die. Trop pop. Trop lisse. Trop prévisible. Moins de sang, si peu de larmes, et plus assez de sueur : devenus rentiers de leur sauvagerie passée, les Dodos apprivoisés auraient vendu leur âme au diable pendant l’enregistrement de ce troisième album. Mais non, les loulous ! Réfléchissez. Si la transaction avait eu lieu, Meric Long trônerait sur une fortune si colossale que tous les coffres du monde ne suffiraient pas pour la contenir, le roi des vilains aurait dû refourguer ses ténèbres à prix d’or pour s’offrir le trésor, et Time To Die ne résonnerait pas avec une telle intensité.

Certes, là où les quatorze croisades du précédent Visiter arpentaient des reliefs acoustiques vertigineux, entre escalades psyché-telluriques, repos violé, tremblements cathartiques et chutes mortelles, plusieurs des neuf cavalcades du successeur empruntent des sentiers nouvellement défrichés dont les noires splendeurs ne vous agressent plus comme des coupe-gorge, mais vous charment insidieusement comme des compagnons d’aventure. Si Fables, The Strums, Troll Nacht ou Acorn Factory tracent ainsi des mélodies plus linéaires et dessinent des harmonies plus éclairées par la production de Phil Ek (The Shins, Irving, Fleet Foxes), une technique d’exception les paraphe toujours du sceau de l’excellence. Autre constante qui surélève la musique du duo devenu trio avec l’arrivée du vibraphoniste Keaton Snyder : croiser le fer avec les paradoxes.

Ce chant si confident qui clame si haut des troubles si flagrants. Ce folk ancestral d’une pureté virginale que vient bourriner une batterie qui cherche sans arrêt le coup de force. Placé en plein cœur du disque, tel un pivot incontournable, le doublé This Is A BusinessTwo Medicines tourne en bourrique cette logique de l’affrontement durant une dizaine de minutes vécues comme la traversée d’un champ de bataille. À pleine vitesse, le cœur serré et les sens à l’affût d’un ultime danger. La bravoure carène aussi le final à testostérone de Small Deaths, quand l’électricité dévaste les intonations lumineuses de Meric. Elle assaille de plus belle la fantastique torsade d’accords qui sursaute au milieu de Longform. Elle étreint encore le soudain embrasement de cordes qui injecte à la chanson titre le même shoot d’adrénaline instillé par Arcade Fire sur la volte-face d’Une Année Sans Lumière. Quel problème à mettre de l’eau dans son vin, tant qu’on n’oublie pas d’y verser l’indispensable larme d’arsenic ? La rumeur peut gronder alentour, Time To Die tonne bien au-delà.
Jean-Francois Le Puil
MAGIC RPM  #135


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