Perdu depuis maintenant quelque temps dans les méandres d'une pop bien trop luxueuse et ambitieuse pour lui, Neil Hannon n'aura finalement jamais cessé de décevoir depuis ses deux premiers albums en forme de coups de maître que furent Liberation et Promenade. Se rêvant plus grand qu'il ne l'est et trop enclin à garnir sa musique de denrées bien trop riches en calories, il frisa même l'écoeurement sur le plus que dispensable Fin De Siècle. Fin de cycle, donc. Aujourd'hui signé sur une major, devenu populaire dans son propre pays et ailleurs, Hannon, conscient semble-t-il de ses errements fautifs, fait machine arrière et nous gratifie d'un disque sombre et beaucoup plus dépouillé que ses prédécesseurs. Aidé à la production par l'économe et discret Nigel Goldrich, ce Regeneration commence élégamment avec le pastoral et délicat Timestretched, probablement l'une de ses plus belles compositions à ce jour. Suit une série de chansons au climat calme et à l'humeur mélancolique où l'Irlandais, non content de fournir ici sa plus belle et sincère imitation du Bowie période Ziggy Stardust (Bad Ambassador), s'évertue enfin, et avec succès, à recréer du sens et du sentiment là où il y a peu ce n'était plus qu'esbroufe gratuite et sentimentalisme emprunté. Finies donc les breleries ou autres walkeries trop viriles, Neil Hannon a enfin retrouvé sa propre voie et réussit à émouvoir de nouveau avec trois fois rien. Néanmoins, cette régénération effective souffre parfois de son parti pris dépressif. Légèrement trop laidback et en dedans, les mélodies manquent aussi de relief. Mais il serait mal venu de s'en plaindre tant ce Regeneration s'appréciera à sa juste valeur, comme le retour d'un ami d'enfance bien trop longtemps absent mais enfin parmi nous.