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Sauf sorties imprévues de Danielson ou Islands, The Decemberists devrait régner cette année en maîtres sur le royaume des hurluberlus siphonnés de la pop américaine, même si le groupe paraît plus fanfaron que sa musique proprement dite. La formation de Colin Meloy a gardé son humour absurde pour des sorties publiques remarquées et abordé The Crane Wife avec tout le sérieux que requièrent ces chansons fiévreuses et lyriques. S'il reste attaché à la force de frappe de chansons efficaces aux mélodies entêtantes, The Decemberists franchisse ici une marche supplémentaire dans le registre parfois emphatique d'un folk très singulier, progressif voire progressiste. Ainsi, on compte deux morceaux de bravoure d'une douzaine de minutes chacun. Après une légère défiance, on ne se passe plus de The Island, chevauchée fantastique qui suit plusieurs pistes mélodiques éblouissantes sans s'essouffler un instant. Le chant habité de Meloy emmène rythmique, guitares et orgues fous dans les méandres d'une écriture luxuriante. La chanson achève sa course dans la douceur d'un édredon de cordes, harmonium et arpèges de guitares acoustique. Sans baisser la garde un instant, The Crane Wife collectionne aussi les morceaux plus courts et traditionnels, arrangés avec une imagination débordante selon les exigences de la mélodie. Percussions martelées, glockenspiel, piano, violoncelle, guitare claire et choeurs portent haut les couleurs de The Crane Wife 3, superbe ouverture du disque. O Valencia! joue sur une rythmique plus serrée pour se construire une aura de tube imparable, alors que The Perfect Crime #2 déroule une panoplie quasi disco et se déhanche joliment. L'accordéon de Summersong accentue la mélancolie tenace d'une mélodie lumineuse. Mais la palme de la chanson parfaite revient à Yankee Bayonet, interprétée avec Laura Veirs, merveille pop folk enluminée par des guitares cristallines, comme R.E.M. en avait autrefois le secret. On pourrait d'ailleurs prétendre que The Decemberists reprend aujourd'hui les choses où Automatic For The People les avaient laissées. À ceci près que Colin Meloy, dans son attachement à bousculer le format de ses chansons, porte des ambitions esthétiques autrement plus élevées.
Vincent Théval
MAGIC RPM  #107


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