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Degeneration Street de The Dears

chronique d'album
The Dears - Galactic Tides


Dur parcours que celui de The Dears. De la gloire frôlée en 2003 (l’album No Cities Left incluant le hit Lost In The Plot), la formation menée à la baguette par Ray Lightburn n’a rien fait, s’est disloquée, puis enfoncée dans un illustre anonymat. Toutes proportions gardées, évidemment. Mais quand on signe des modèles de grandeur aride (citons Stick W/Me Kid pour l’exemple), on ne peut décemment pas se contenter d’un culte fidèle. The Dears compose de la musique pour les masses. Au même titre que Coldplay ou U2. Sauf que The Dears a ce je-ne-sais-quoi d’humanité qui le rend plus touchant que les mastodontes évoqués – la poisse, sans doute. Après un éphémère changement de line-up, dont nous parvinrent à peine les Missiles (2008), les anciens sont revenus au bercail et chacun reprend ses habitudes d’équilibriste sur le fil d’un lyrisme grandiose (l’ouverture Omega Dog, où Lightburn croone en hauteur). Pas toujours subtiles mais souvent poignantes, ces mélodies habiles se parent d’arrangements soyeux et d’une production plus que léchée signée Tony Hoffer.



Évoquant tour à tour un Pulp terminal, l’ironie en moins (Thrones), des Smiths gonflés par le pompeux d’Arcade Fire (5 Chords), The Dears déploie son vaste jeu et aligne une petite course sèche très northern soul, malheureusement plombée par un finale lourdingue (Yesteryear). Grande faiblesse de The Dears, la surcharge est aussi le signe d’une confiance retrouvée : les Canadiens ne craignent rien ni personne. Et il en faut, du cran, pour se lancer dans cette Lamentation, où le sosie vocal de Damon Albarn perce son coffre vocal pour se jeter sur un mur de guitares et une batterie gigantesque. Aussi chancelante d’héroïsme soit-elle, cette chanson fonctionne. Plus loin, le quintette s’imagine en Pink Floyd période The Division Bell (1994) : les claviers du morceau-titre ou Galactic Tides, tout en chœurs féminins et guitare mélodramatiques, incarnent le point de non-retour d’un groupe qui compose des hymnes pour des stades désespérément vides. Degeneration Street changera-t-il la donne ? On en doute. Mais on espère se tromper.

The Dears - Thrones

Thibaut Allemand
MAGIC RPM  #152


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