Comme chacun sait, la patience a des limites. Il serait donc de bon ton que The Cure ou plutôt Robert Smith, dont l'omnipotence est une fois encore confirmée par une pochette dantesque cesse de faire tourner en bourrique ses fans et prenne, une bonne fois pour toutes, une décision. Depuis quelques années, le groupe annonce une séparation prochaine, qui viendrait mettre terme à plus de deux décennies au service d'une pop spleenétique. Ou considérée comme telle à cause, ou grâce, à une trilogie intouchable réalisée à l'aube des 80's, rarement égalée depuis, si ce n'est le temps de quelques fulgurances en clair-obscur : certains morceaux de Disintegration ou l'injustement ignoré Bloodflowers. Car, depuis belle lurette, The Cure est avant tout cette formation au répertoire bigarré, qui sème ses cailloux mélodiques tel un Petit Poucet cherchant à se sortir de l'obscurité dans laquelle il s'est plongée d'antan. À ce titre, Greatest Hits tient le rôle du pavé dans la mare. Disparu, l'incisif Primary, exit, l'ombrageuse Charlotte Sometimes, recalé, le rougeoyant The Hanging Garden, oublié, le languissant Catch. Et place à ces mélodies finement ciselées In Between Days, Just Like Heaven, pas une ride , à ces refrains fédérateurs le vétéran Boys Don't Cry, le jazzy The Lovecats , à ces ritournelles électroniques le sautillant Let's Go To Bed, l'imparable Lovesong, qui mérite amplement une deuxième chance. Mais ce sont peut-être là les arbres qui cachent la forêt puisque ce disque rappelle aussi quelques douloureux faux pas Why Can't I Be You? et ses habits Motown trop larges , de sérieuses redites Friday I'm In Love, Mint Car, autant de cousins mal dégrossis de Just Like Heaven et une certaine indigence. Certes, Smith prouve une fois encore qu'il aime gâter ses fidèles, en offrant deux inédits, l'engageant Cut Here et l'affligeant Just Say Yes en duo avec Saffron de Republica qui résument de fait assez bien Greatest Hits et un deuxième Cd où le quintette, aidé du "revenant" Boris Williams, revisite de manière acoustique et avec un bonheur certain ces dix-huit hits. Mais, comme de bien entendu, cette troisième compilation de l'histoire de The Cure n'aide en aucun cas à lever le voile sur l'avenir d'un groupe, dont on sait pourtant depuis Bloodflowers qu'il est encore capable du meilleur.