Pas facile aujourd'hui de s'appeler Dolores O'Riordan. Il faut dire que lorsque l'on devient riche et célèbre en moins de trois ans, que l'on est une femme, irlandaise de surcroit, comment ne pas échapper aux foudres des besogneux, comment s'imposer dans un univers rock toujours aussi macho et comment contrôler une presse anglaise plus apte à délivrer les bons de sortie plutôt que de reconnaître ses erreurs ? Pourtant, que je sache, Noël Gallagher a fait fortune sans révolutionner la musique et les sautes d'humeur de PJ Harvey sont tout aussi méprisables. Alors cessons le procès d'intention car avant d'être une star, Dolores O'Riordan chante comme si sa vie en dépendait, compose d'excellents morceaux et aligne avec son groupe les albums réussis avec une régularité métronomique. Pour preuve, ce To The Faithful Departed, ambitieux et percutant, qui comme les deux précédents, évolue sans jamais hésiter entre dans deux approches, l'une épique, l'autre intimiste. Et malgré la présence de Bruce Fairbairn, plus connu pour son travail avec... AC/DC, ni Hollywood, ni Salvation, ne sombrent dans un héroïsme pompier ou, à l'opposé, le larmoyant The Rebels n'est jamais trop appuyé. Alors, on pourra reprocher aux Cranberries d'avoir, comme trop souvent les groupes de stature internationale, succombé aux sirènes de la revendication, du politiquement correct sur deux titres, Warchild et Bosnia. Heureusement, l'insolent (I Just Shot) John Lennon rétablit un certain équilibre. Et un groupe capable d'écrire un morceau tel que Free To Decide, futur tube planétaire, n'est certes pas sûr de figurer au Panthéon de la musique mais mérite amplement de marquer son époque.