Par un rapide raccourci, je vous l'accorde, il est tentant de parler d'un album de plus pour les Cranberries, tant Bury The Hatchet s'avère prévisible et la formule éprouvée... Pourtant, si la voix de Dolorès, plus scandée que chantée, devient vite insupportable, elle s'octroie quelques plages de sérénité salvatrice pour l'auditeur et accepte de céder la place à des mélodies d'une douceur rare. Elle s'allie en revanche avec bonheur aux tonalités de la tradition orale irlandaise, dans une version moins caricaturale que les Corrs ! Album du retour, orienté vers ses racines, Bury The Hatchet fait moins de bruit et s'éloigne des formules ultra-balisées empruntées par son prédécesseur. Même si les Cranberries jouent dans la cour des grands, ils prouvent qu'ils se souviennent d'où ils viennent et savent y retourner pour retrouver inspiration et fraîcheur. Quand Dolorès laisse ses airs de diva dans sa loge et qu'elle se fait violence, elle redevient abordable, sensuelle, voire mélancolique comme sur Shattered. Lors de ces trop rares moments où les Cranberries se découvrent pour laisser filtrer un rayon de lumière sur leur intimité, leur musique est touchante, écorchée, proche et attachante. Bury The Hatchet baisse ainsi parfois ses armes rock pour retrouver une pop à la fois sereine, organique, apaisée et vulnérable.