Si Liverpool a produit plus de groupes maudits que n'importe quelle autre ville au monde, elle qui a vu sombrer trop tôt ses enfants terribles qu'on disait prometteurs, ses derniers nés pourraient bien en faire un complexe. The Coral, dont le deuxième album a connu l'an passé un succès aussi massif que mérité, a bien du mal à se faire à la starisation fulgurante et ne cache pas son mépris pour le public mainstreamqui vient de les adopter. D'où la décision d'enregistrer en vitesse et sur le vif (onze morceaux saisis live en une semaine sous la houlette de Ian Broudie) ce Nightfreak And The Sons Of Becker, qui apparaît moins comme un troisième opus que comme la face cachée de Magic And Medecine. Dépouillé, dopé et en totale roue libre, ce disque brut de décoffrage part dans toutes les directions, alternant ébauches de morceaux, titres splendides et improvisations potaches. Le tout sans perdre un instant de vue la marque de fabrique de The Coral, ce mélange de pop western, de psychédélisme enfumé, de groove et d'iconoclastie. Dans ce vent de liberté, cohabitent réussites (Sorrow Or The Song, Grey Harpoon, Auntie's Operation, le velvetien Migraine) et chansons à peine travaillés, aux mélodies embryonnaires. Mais quelle importance, puisque c'est l'atmosphère débridée du disque entier qui justifie ces sautes d'humeur ? Et il faut toute la fougue et le talent des jeunots de The Coral pour délibérément tourner le dos aux recettes du succès, tout s'autoriser et s'en sortir haut la main.