On ne sait trop, à la lecture du titre, si la métamorphose de The Coral doit être attribuée à quelque pratique occulte ou à l'absorption d'une potion pop miraculeuse, mais les faits sont là : on n'avait pas constaté de transformation aussi inattendue et impressionnante entre un premier et un deuxième album depuis ceux de Blur ou de Radiohead. C'est bien à ce niveau que The Coral place ici la barre. Quoi de commun, en effet, entre la chenille pataude et brouillonne vite oubliée l'année passée et les douze papillons multicolores et gracieux qui composent Magic And Medicine ? Peut-être simplement un certain sens de l'éclectisme et de la folie douce qui caractérisait déjà le sextette de Liverpool. La différence essentielle tient ici à la qualité des chansons composées et à la maîtrise dont fait preuve The Coral. Et l'enthousiasme encore juvénile et pénible il y a quelques mois est désormais mis au service de chansons simples et lumineuse. Il suffit pour s'en convaincre d'écouter successivement Careless Hands et Pass It On, deux merveilles d'élégance acoustique enfouies côte à côte au beau milieu de l'album, deux sommets d'intelligence mélodique tombés du ciel ou plus directement du Forever Changes de Love ou du Pacific Street de The Pale Fountains. Le reste étant à peu près du même tonneau, on succombe à la tentation de ressortir un terme que l'on s'interdit, en général, d'utiliser par crainte de banaliser l'hyperbole ou de se planter publiquement, mais qui semble ici inévitable. Il faut bien se résoudre à parler de chef-d'oeuvre.