Peu de groupes parviennent à susciter autant d’excitation avant la sortie de leur premier album qu’avant celle de leur sixième. Les Chemical Brothers, par la grâce d’une carrière parsemée de hits au potentiel jubilatoire démesuré, y parviennent. Et We Are The Night risque bien de prolonger la magie… Dès l’ouverture (bleeps frénétiques, vocaux robotiques, nappes digitales extatiques), les six minutes et trente secondes de la chanson-titre dégoupillent l’esprit et fusillent les jambes avec une classe implacable. Nos deux chimistes soniques, désormais habitués à rajeunir en suçant la sève créative de jeunes éphèbes, enrôlent ensuite les Klaxons, qui se chargent d’enrouler leurs chants dédoublés et tourbillonnants autour de la rythmique acharnée de All Right Reversed, brillant exemple d’une pop futuriste furieusement jouissive. Les Chemical Brothers sont ici au meilleur de leur forme, parvenant à mêler sonorités du passé (le big beat d'antan s'étant sérieusement amaigri), évidence mélodique et inventivité incessante. Un recyclage permanent affilé par une science de la rythmique étonnante et une virtuosité diabolique de ciseleurs sonores. Instants de bravoure enchaînés, Burst Generator et A Midnight Conversation montent en puissance tels deux sexes en pleine turgescence qui finiraient par éjaculer sans discontinuer. Et si on se demande ensuite ce que Willy Mason peut bien venir faire ici (tiens, ils partagent le même label…), le final fantastico-spatial, The Pills Won’t Help You, interprété par le chanteur de Midlake, fait figure de parfait inédit des Flaming Lips. En dehors de deux passages hip hop qui s’essoufflent bien trop vite, We Are The Night est une réussite inattendue de la part d’une formation que l’on respectait plus pour son glorieux passé que pour ses travaux récents. Qui plus est au moment où la musique électronique reprend ses aises, de LCD Soundsystem à Von Südenfed, en passant par Justice, Simian Mobile Disco ou Digitalism. Pour les juger à l’orée de leurs brillants aînés, on donne d’ailleurs rendez-vous à tous ces groupes dans douze ans, aux environs du sixième album.