Sans être le premier du genre, Exit Planet Dust s'était imposé d'entrée comme un disque marquant des années 90 : certaine légitimisation de la mouvance house/techno sur la longueur d'un album, acceptation définitive de ladite mouvance par un public rock-pop-indé, par collaborations interposées et, plus intéressant, par l'esprit qui habitait certains morceaux. Deux ans et deux singles après, Tom Rowlands et Ed Simmons avaient un tout autre défi à relever alors que le mot cross-over est sur toutes les lèvres, à l'heure où The Prodigy, Underworld ou Daft Punk sont dans tous les foyers. Mais le tandem n'a suivi que son instinct, faisant fi de ces nouvelles contraintes. Scratches, rafales rythmiques, tempo enlevé, ainsi débute Dig Your Own Hole. Après un Elektro Bank dévastateur et un Piku hip hop qui n'aurait pas dépareillé sur Mo'Wax, Setting Sun la collaboration avec Noel Gallagher un rien décevant en format single relance ici un disque sans temps mort, où l'auditeur est irrésistiblement aspiré par une spirale electro-groovy. Les Frères Chimiques (Alchimiques devrait-on dire) ont ajouté des couleurs à leur palette multicolore, lorgnent vers les ambiances BO avec Get Up On It Like This, se sont fait plus funky le temps d'un Lost In The K-Hole où la ligne de basse sort tout droit du petit manuel de la disco illustrée, accompagnent la délicieuse Beth Orton sur un Where Do I Begin entêtant et s'emparent d'une cithare pour le bien-nommé The Private Psychedelic Reel. Disque sans compromission, mené tambour-battant, psychédélique pour sa diversité, démoniaque par ses contre-pieds, Dig Your Own Hole est bien plus que le simple successeur de Exit Planet Dust : il est la preuve que Tom et Ed comptent bien parmi les artistes les plus excitants de cette fin de millénaire. Son titre pourrait alors prendre un autre sens : et si la concurrence pouvait commencer à creuser sa tombe.