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Album oublié - 07/06/11 de The Auteurs

interviews
Retour sur un grand disque jamais réédité avec le premier album de The Auteurs, New Wave, paru le 22 février 1993 sur le label Hut Records. [Par Thibaut Allemand].


LE CONTEXTE
En France, Dominique A et Diabologum font les belles heures du label Lithium. Un Lithium naguère chanté par Nirvana, qui enregistre son ultime album studio et domine une Amérique vêtue de flanelle dépressive. Mais aussi de bermudas chatoyants, à l’instar des Red Hot Chili Peppers ou Jane’s Addiction. Downtown, le hip hop se partage entre valeurs oldschool et gangsta rap flingueur. La Perfide Albion s’ennuie. Chez Warp, un dénommé Aphex Twin bidouille un techno trop intelligente pour qu’on y entrave quoi que ce soit. Les Happy Mondays n’ont pas passé la semaine, Factory a fermé. La pop anglaise est-elle en berne ? Blur déplore la vie moderne, et un petit groupe nommé Oasis vient de signer chez Creation. La belle affaire…

The Servants - Transparent


LE GROUPE
Au commencement était The Servants. Cousine des Go-Betweens, la formation menée par l’oublié David Westlake avait vécu sa minute de gloire au générique de la mythique cassette C-86. Pianiste classique de formation et guitariste doté d’une voix aigre douce, Luke Haines rejoint le groupe peu après. Pour mieux y végéter : The Servants demeure cruellement épargné par le succès en dépit d’un bel album, le trop bien nommé Disinterest (1990). Novembre 91 : à vingt-quatre ans – un âge canonique, pour un aspirant pop star – Luke Haines met les bouts, embarquant sa petite amie, la bassiste Alice Readman. Avec deux chansons et un 4-pistes (la nerveuse Bailed Out et l’enlevée Don’t Trust The Stars), le chanteur-guitariste blond recrute le batteur Glenn Collins et fonde The Auteurs. Un nom pioché au sein d’un article sur “la politique des auteurs”, paru dans Les Cahiers Du Cinéma. Surtout, Luke Haines possède déjà quelques idées bien précises : des chansons simples, jouées par un trio basique, dont il serait le despote éclairé.

BRITPOP ?
Certainement pas ! Pourtant, The Auteurs doit énormément à Brett Anderson, qui imposa le groupe en première partie de Suede et le défendit auprès de Hut Records. Mais les signataires de New Wave ont toujours nié appartenir à une scène montée de toute pièce par une presse musicale anglaise un brin nationaliste. Now I’m A Cow-Boy (1994), second LP de The Auteurs, est d’ailleurs un pied de nez à ces journaux anglocentrés. Histoire d’enfoncer le clou, Haines publie, en 2009, Bad Vibes: Britpop And My Part In Its Downfall – des mémoires hilarantes où Luke la main froide revient sur cette période avec cruauté, causticité et pas mal de mauvaise foi. Malgré toutes ces dénégations, The Auteurs, depuis ses références (The Kinks, The Only Ones, Mick Ronson) jusqu’à sa savante excentricité, est profondément anglais. Et bon gré mal gré, The Auteurs a redonné un coup de fouet à la pop britannique – au même titre que Suede ou les survivants Pulp.

The Auteurs - Early Years


L’ALBUM
Du venin servi sur du velours. Textes acides et fielleux sur mélodies fines et subtiles. Il paraîtrait qu’on met toute sa vie dans un premier album. Pas Luke Haines. Au-delà de quelques comptes réglés avec son ancien label, et le souvenir des années de vache maigre (Idiot Brother, la fulgurante Early Years), le blond vinaigré se place en chroniqueur à la rage rentrée, imagine un mariage avec une Show Girl et manie le double sens avec brio : American Guitars fut perçu comme une diatribe cinglante contre les groupes anglais adoptant l’accent marshmallow. Mais on peut lire dans ces quelques vers une véritable admiration pour le succès naissant d’un groupe : Luke Haines en son miroir ? Cette pop précieuse, striée d’éclats glam rock (Idiot Brother) et de soli façon Television (How Could I Be Wrong), célèbre les noces des guitares acoustiques et électriques. Aux arrangements imaginés par Haines sur son quatre-pistes (le glockenspiel de Valet Parking, les entrelacs de piano de Housebreaker et la guitare en clavecin de Junk Shop Clothes), s’ajoute le violoncelle de James Banbury. The Auteurs n’est plus un trio. Mais gagne en puissance et en finesse. Le blondinet étale ses références culturelles (grimé en Rudolf Valentino sur la pochette, il cite Lenny Bruce et le peintre Chaïm Soutine). Réputé érudit mais jamais dupe de son propre snobisme, Luke Haines s’en amuse, évoque la délinquance ordinaire (Housebreaker), la lutte des classes (Valet Parking), et rejoint les Angry Young Men, avant de conclure par une chanson à l’humour froid et glaçant (Home Again). La sophistication musicale et littéraire de New Wave annonce le raffinement de Tindersticks ou The Divine Comedy. En mode bilieux et misanthrope.

The Auteurs - Valet Parking


The Auteurs - American Guitars


LA SUITE
Nommé au Mercury Prize, New Wave est coiffé au poteau par… Suede. Luke Haines publiera encore trois LP très différents mais hautement recommandables avec The Auteurs, et fondera parallèlement Black Box Recorder en compagnie de John Moore et de la chanteuse Sarah Nixey. Haines a aussi signé quelques disques solo de facture diverse, dont un concept-album autour de la Fraction Armée Rouge (Baader Meinhof, 1996). En attendant, on peut toujours courir avant de voir se reformer The Auteurs. Et c’est très bien comme ça.
Thibaut Allemand
MAGIC RPM  #153


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chmatou - 11/06/2011 10:03
un très bon disque qui défit le temps, je l'ai d'ailleurs écouté il y a quelques semaines et y ai pris un aussi grand plaisir qu'en 93.