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The Album Leaf est le projet solitaire du guitariste de Tristeza, Jimmy LaValle. Tirant son identité d’un morceau de Chopin, ce natif de San Diego a déjà publié trois Lp’s (disponibles chez Tiger Style, le label new-yorkais hébergeant entre autres les impeccables American Analog Set, Her Space Holiday et donc Tristeza), qui sont complètement passés inaperçus ici ou ailleurs. Mais le secret le mieux gardé de l’electronica devrait enfin éclore au grand jour, à l’aune de cet album qui renvoie définitivement les pénibles Sigur Rós et même les brillants Múm à leurs chères études. À ce propos, ces deux formations emblématiques de l’Islande musicale, un pays qui confond trop souvent lenteur et minauderies, se retrouvent au générique de In A Safe Place. “Ils m’ont fait un cadeau royal, se muant en une sorte de backing-band cinq étoiles pour enregistrer mon disque”, se félicite l’intéressé, quelques pages auparavant. D’ailleurs, on imagine bien la tête – à la fois déconfite et fière – de ces musiciens aux prises avec les plus beaux titres qu’ils ne composeront jamais de toute leur carrière. Car la beauté désolée et addictive de ces plages renvoient à l’auditeur le paradoxe du spleen idéal, se perdant à l’envi dans ces motifs de Fender Rhodes, un peu comme si le monde s’était arrêté. En ouverture instrumentale, Window plante le décor, en ralentissant considérablement le tempo, à la manière des experts du genre : Low.

Le morceau suivant, Thule, fait la part belle au piano électrique de Jimmy LaValle, ce qui donne une ampleur sonore et une douceur cotonneuse magnifiées par les violons de Matthew Resovich. D’ailleurs, tout ce disque peut se lire comme un fervent hommage à l’instrument remis au goût du jour par Air, Japancakes et Berg Sans Nipple, ce duo franco-américain auquel on ne peut s’empêcher de songer à l’écoute de ces volutes aériennes qui provoquent des rêves éveillés (TwentyTwoFourteen), de ce jeu de batterie d’une sensibilité incomparable (The Outer Banks). Surprise : Pall Jenkins (provisoirement échappé de The Black Heart Procession, une des nombreuses formations dont Jimmy a fait partie) donne de la voix sur On Your Way. Et c’est une première dans le monde du silence développé jusqu’ici par The Album Leaf depuis l’inaugural An Orchestrated Rise to Fall en 1999. D’ailleurs, ce n’est pas la seule exception en territoire chanté. Ainsi, Jon Thor Birgisson de Sigur Rós (qui coproduit les dix titres de l’album avec Jimmy LaValle) s’empare-t-il du micro (Over The Ponds).

Avec sa voix de cétacé, qui a fait beaucoup pour la popularité de l’hymne Svefn-G-Englar – qui fut d’ailleurs judicieusement couplé à une chanson de Céline Dion, en pleine mode des bootlegs –, l’homme emmène le disque vers la banquise, au milieu de laquelle il fait bon se perdre, le temps de cinq minutes contemplatives, à observer une armée de manchots. Ces sons de violons, de violoncelles ou d’accordéon – que l’on doit en grande partie aux musiciens de Sigur Rós, tapis dans l’ombre de The Album Leaf – ne sont pas étrangers au halo mystérieux qui entoure ces mélodies lunaires (Streamside, Eastern Glow), d’une beauté irréelle et jamais réfrigérante. Mais à l’impossible, Jimmy LaValle est décidément tenu. Et de quelle manière…
Franck Vergeade
MAGIC RPM  #83
article extrait de :
MAGIC RPM #83 Commander ce numéro


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