A Lire
Melody
archive mag juillet 2008
Soyez le premier à réagir
On les entend déjà, les
insinuations foireuses des rapides en besogne. “Bouh, la suiveuse !”, s’exclament-ils, sûrs de leur
branchouillardise et sérieusement offensés que la chanteuse de (feu ?) Texas
ose se pointer pour piétiner les plates-bandes des révélations des douze (et
quelque) derniers mois que sont Amy Winehouse et Duffy, demoiselles intronisées
géniales ambassadrices d’une soul plus rétro que futuriste. Sharleen Spiteri,
donc, ne peut être pour ces parangons du bon goût qu’une has been
(quarantenaire, qui plus est), lancée dans une tentative désespérée de recoller
au peloton de tête des femmes qui comptent dans ce milieu machiste. Il faut
alors leur rafraîchir la mémoire défaillante – à croire qu’on tient là une
autre de ces fameuses “exceptions” françaises – et être suffisamment patient
pour leur rappeler que l’ex-coiffeuse, alors qu’Amy pensait que la choucroute
était uniquement un plat alsacien et que Duffy n’était, en pop moderne, qu’un
nom masculin (précédé des prénoms Stephen ou Martin), s’inventait déjà soul
sister au siècle dernier. Un propos étayé par les collaborations avec Rae &
Christian et le Wu-Tang Clan, les clins d’œil Motown, les reprises d’Al Green,
de Marvin ou des Temptations. Et par des références sixties impérialement
maîtrisées, venues d’outre-Atlantique ou d’outre-Manche, notre Gainsbourg
national en tête (Guitar Song, en
2001).
L’ombre du grand Serge plane encore sur cette première échappée en
solitaire, dès le titre de l’album, Melody,
qui doit plus à Nelson qu’au
sous-sol, et cette chanson éponyme en forme de ballade éplorée où l’Écossaise
chante comme la Dusty de Memphis. C’est dire… Francophile jusqu’au bout, elle
en profite également pour saluer l’égérie Hardy le temps de… Françoise, décalque en version anglaise
de Voilà – piano acidulé, arpèges à
l’avenant, voix susurrée. Mais avant cet hommage en guise de conclusion
détachée, la miss a mis en musique ses fantasmes et façonné un beau disque de
rupture, artistique et personnelle. Sur All
The Times I Cried, elle donne l’impression de se promener sous une pluie de
cordes Out In The Streets – la
merveille des Shangri-Las – juste après avoir croisé par hasard le génial Jimmy
Webb. Pas peureuse pour un sou, elle défie à poings nus les Dexys Midnight
Runners de Geno le temps du Supremes Stop I Don’t Love You. Cuivres qui
claquent, rythmes qui trépident, mélodies qui rutilent, violons qui s’envolent.
Et Sharleen Spiteri de se permettre de toiser la plantureuse Bobbie en congé de
Glen Campbell (I Wonder) et la menue
Nancy pelotée par Lee Hazlewood (I’m
Going Too Haunt You). Alors, laissons les snobs faire la fine bouche. Après
tout, on a quand même encore le droit de choisir ses… amies.
Christophe Basterra
article extrait de :
MAGIC RPM #122
Commentaires
Vous devez être inscrit pour laisser un commentaire :