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Dance Mother de Telepathe

chronique d'album
Pléthore sont les formations issues du New York post-11 septembre qui pourraient revendiquer une filiation no wave dans cette perspective si particulière de faire valser les genres en les annihilant. Depuis Liars, Oneida et tout récemment les tourneboulant Gang Gang Dance et leur hybride rétrofuturiste exigeant Saint Dymphna (2008), l’heure est au funambulisme dangereux, aux tentatives parfois suicidaires de remettre de l’abrasif ou d’inoculer un venin pop dans un endormissement musical vide de sens et de sensations.

Le duo féminin Telepathe, meilleure émanation avec Gang Gang Dance du jeune label de Brooklyn The Social Registry, prolonge cette démarche et a forcément dû lire dans nos pensées pour nous combler à ce point tout en déjouant nos attentes. Ces jeunes têtes brûlées ont pris le temps de peaufiner un premier album que leurs précédents maxis, pourtant excellents, n’annonçaient pas. Plus proche du post punk de Ut et des Raincoats, Telepathe se montrait alors instinctif et inventif sur des rythmiques tribales, des guitares en désaccord et des voix perdues dans quelque hyper espace inatteignable.

Dans leur sillage, Busy Gangnes et Melissa Livaudais ont accroché le producteur du moment David Sitek (TV On The Radio), qui leur a fait du gringue en leur montrant sa précieuse collection de synthés d’un autre âge. Dance Mother surprend par l’épaisseur d’arrangements synthétiques obsédants, entre dégoulinures de claviers, infrabasses et beats erratiques souillant un chant protéiforme plein d’échos et de questions sans réponses. Si l’aspect noisy et rugueux de Farewell Forest (2006) s’évapore aujourd’hui vers une dream pop (Drugged, Can’t Stand It) tout droit sortie du Head Over Heels (1983) de Cocteau Twins, les filles s’élancent aussi dans une chasse aux machos du rap (Lights Go Down), parlent en rêvant (Devil’s Trident) ou déclare leur flamme en fixant leurs baskets (In Your Line).

Pour Telepathe, ce coup d’éclat n’est, de leur propre aveu, qu’une étape parmi d’autres dans l’évolution de leur musique. Au final, Dance Mother a tout l’air du coup de foudre inopiné.

Thomas Bartel
MAGIC RPM  #127


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