Un disque qui laisse perplexe. A l'image de ce premier morceau, sorte de longue jam-session psychée marocaine sous influence Burroughs/Beat Generation, Tanger se vautre dans ses références sans que l'on sache s'il faut crier au génie ou à la parodie grotesque. Pourtant, tout avait plutôt bien commencé car l'idée de mélanger un post-rock avec des ambiances orientales et jazz était intéressante, d'autant plus que le courant post-Tortoise commence à s'essouffler. Sauf que le morceau s'étire en nous laissant sur notre faim, un comble vu la richesse harmonique des instruments employés (percussions, saxophone, Hammond, zurna et les traditionnelles guitare/basse/batterie). Mais, ce qui est surtout rageant est cette réelle habileté à développer des ambiances personnelles, puis à les saper systématiquement par l'utilisation d'un chanteur hautain et des textes pseudo-littéraires aux rimes adolescentes : "Ma petite manga n'est pas niaise/elle baise", ou "Sorrow, je m'y séroppose/Sorrow, encore une dose". Ces textes alourdissent toute velléité du groupe qui essaye de créer une musique dont on sent qu'il s'en faut de peu pour qu'elle n'atteigne une véritable ampleur. Mais pour cela, Tanger devra commencer par faire le ménage en son sein et peut-être faire preuve d'un peu moins d'auto complaisance.