Difficile de pointer avec précision le
je-ne-sais-quoi ou le presque-rien qui nous avait, jusqu’à présent, empêché de
suivre sans réticence Syd Matters sur la longueur de ses trois premiers albums.
Chacun d’entre eux comportait son lot de bons titres, mais finissait par nous
filer entre les oreilles, faute de cette substance essentielle qui crée la
différence souvent ténue entre les bons et les grands groupes. Même si l’on ne
comprend toujours pas très bien de quoi parlent les chansons des Parisiens (une
seule chose est sûre : comme le titre l’indique, il est beaucoup question
d’eau), mais ils sont parvenus à trouver durablement l’équilibre fragile et
précaire qui leur faisait parfois défaut entre la limpidité des compositions et
la complexité des climats planants. Parcourant ces dix titres en véritable
funambule, vacillant sans chuter sur le fil de la mélodie et de l’atmosphère,
Syd Matters mène admirablement l’auditeur au terme de cette promenade aquatique
qui ne comporte quasiment que des temps forts. À commencer par Hi Life,
single magnifique qui entremêlent les arpèges d’une guitare acoustique et les
scansions des claviers, et où la voix de Jonathan Morali est rejointe par des
chœurs angéliques qui épousent avec grâce les contours d’une mélodie céleste.
Plus loin, A Robbery réalise même les prouesses de surpasser le génial Black And White Eyes dans le registre tire-larmes, en agrémentant ses rebonds inattendus de flûtiaux aériens, alors que We Are Invisible, ballade d’une infinie complexité achève de nous fendre le cœur. Pour une fois, la mobilisation de références plus littéraires que musicales n’apparaît pas seulement comme un poncif promotionnel destiné à épater la galerie en étalant une culture légitime. À l’écoute de ces structures emboîtées, au fil desquelles un nombre impressionnant de parties successives et diversifiées se succèdent en quelques minutes, on comprend mieux pourquoi Morali évoque parfois en interview le réalisme magique des romans de Gabriel García Márquez, où le narrateur se plaît à emprunter des bifurcations tortueuses sans jamais s’égarer. Juste pour prendre le temps d’admirer les reflets de ce Brotherocean sous tous les angles.
Plus loin, A Robbery réalise même les prouesses de surpasser le génial Black And White Eyes dans le registre tire-larmes, en agrémentant ses rebonds inattendus de flûtiaux aériens, alors que We Are Invisible, ballade d’une infinie complexité achève de nous fendre le cœur. Pour une fois, la mobilisation de références plus littéraires que musicales n’apparaît pas seulement comme un poncif promotionnel destiné à épater la galerie en étalant une culture légitime. À l’écoute de ces structures emboîtées, au fil desquelles un nombre impressionnant de parties successives et diversifiées se succèdent en quelques minutes, on comprend mieux pourquoi Morali évoque parfois en interview le réalisme magique des romans de Gabriel García Márquez, où le narrateur se plaît à emprunter des bifurcations tortueuses sans jamais s’égarer. Juste pour prendre le temps d’admirer les reflets de ce Brotherocean sous tous les angles.