Les vétérans de l’indie rock s’en souviennent peut-être : la genèse
de Too Many Days Without Thinking
(1997), quatrième album des Américains de Swell fut des plus laborieuse. Le
groupe commença par enregistrer en autarcie dans un home-studio à Los Angeles
puis, mécontent de son travail, remis son ouvrage sur le métier à Hollywood.
Peu convaincu du résultat, il rentra au bercail, à San Francisco, où il épuisa
deux producteurs sur des bandes qu’il relégua in fine au rang de brouillon. Ce
n’est qu’à New York, devant la console de Kurt Ralske (Ultra Vivid Scene), que
la bande à David Freel put finalement accoucher de ce qui reste comme l’un des
sommets de sa discographie. De ces deux ans d’atermoiements (de 1995 à 1997)
subsistent quelques savoureux documents rassemblés et publiés aujourd’hui par
la bonne maison bordelaise Talitres sous le titre de The Lost Album.
Les fans se réjouiront d’y retrouver le Swell de
l’âge d’or, et sa signature sonore distinctive associant les cavalcades de
guitares folk aux battements d’une batterie sobre mais dynamique, baignant dans
sa résonance naturelle. Le parti pris de production d’alors, bannissant les
effets sonores au profit d’une approche organique du son permet à ces
enregistrements de ne pas pâtir de leur âge à l’heure de leur exhumation et
d’afficher, douze ans plus tard, une fraîcheur inespérée.
En dépit de leur
statut de chutes de studio initialement évaluées comme secondaires, les dix
morceaux de cette collection tiennent donc étonnamment la route et rivalisent
régulièrement (le pêchu Bong Starr,
l’addictif Bitter Friends) avec la
tenue des disques “officiels”, tout en offrant un contrepoint intéressant aux
publications récentes du “groupe”, plus dépouillées et probablement plus
austères.