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Depuis ses terres canadiennes, le prolifique Spencer Krug (Wolf Parade, Swan Lake) déploie sur chacun de ses albums un penchant pour une pop théâtralisée au souffle “bowiephile” avéré. Comme si l’on était invité à se livrer corps et biens dans l’instant pour oublier une fin du monde ou une rupture amoureuse imminente, cet état d’alerte permanente rendait l’album précédent, Random Spirit Lover (2007), trop éprouvant sur la longueur.

Dragonslayer s’offre avec plus de mesure et installe au cœur de ces huit titres élégiaques, moins baroques qu’indie en diable, une puissante essoreuse à émotions. Claviers vintage martelés, guitares à bloc et chants mixtes au bord de la syncope explosent en bouquet dans un combat sans fin entre puissance et résignation, démons intérieurs et larmes de soulagement, comme le croisement des mélodies tumultueuses d’Arcade Fire avec la folie poignante de Xiu Xiu.

Posté au bord du gouffre, Sunset Rubdown ne franchit heureusement jamais la ligne rouge de la grandiloquence, en partie grâce à une production qui ne se laisse pas déborder par un tel brasier incandescent. Mais on a évité de justesse le grand déballage. Dragonslayer s’ébroue jusqu’au dernier souffle d’un romantisme solaire et rugueux, distribuant sans compter mélodies tapageuses et refrains alambiquées, tout cela à la gloire de l’intranquillité énoncée par Fernando Pessoa.
Thomas Bartel
MAGIC RPM  #132


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