À
l’instar des monolithes que Richard Serra, dont une illustration tient ici lieu
de pochette, exposait il n’y a pas si longtemps sous les verrières du Grand
Palais, la musique de Sunn O))) se présentait souvent sous la forme d’une
injonction brutale, lente, monumentale et répétitive. Si la formule pouvait
commencer à lasser, elle n’en demeurait pas moins l’un des faits artistiques
marquant du début du siècle. S’apercevant que leur formule pourrait tourner
en rond, Stephen O’Malley, Greg Anderson
et Oren Ambarchi se lancent aujourd’hui dans une œuvre ouverte et libre, tout
en restant aussi orageuse et abrasive qu’à l’accoutumée. Porté par la diction
gutturale et malsaine d’Atilla Csihar (Mayhem), Aghartha ne porte pas immédiatement les promesses de son clin d’œil
à l’œuvre de Miles Davis.
Après une chape de charbon et les nuées ardentes usuelles, le morceau s’échappe pourtant vers un récif dont les roches, à mesure que des instruments tels que la clarinette, la conque marine ou la contrebasse font une inédite apparition, se polissent sous nos yeux ébahis, pour arriver vers ce dont on croyait ce groupe incapable : l’apesanteur, la contemplation, le repos, voire le silence. C’est ensuite un chœur féminin (fausse bonne idée) qui ruine Big Church, malgré la présence louable de Dylan Carlson (Earth). Mais Sunn O))) se dépasse ensuite avec une fin d’album qui transcende tout ce qu’il avait jusqu’à présent couché sur bande.
Hunting & Gathering disperse sa violence rentrée jusqu’à un larsen final cathartique, mais c’est surtout Alice, hommage avoué à la veuve Coltrane, qui déploie véritablement des trésors de lenteur et d’étirement en mariant les riffs immobiles d’Earth ou de Codeine aux paradis ascensionnels jazzistiques de la précitée pour atteindre un sommet infranchissable, dont beaucoup ne se remettront pas. Au-delà des contrastes et du spectre musical d’une finesse que Sunn O))) réservait jusqu’alors à la mesure du bruit et de la lourdeur, c’est aussi, toutes catégories confondues, l’une des plus belles échappées musicales entendues de mémoire récente.
Après une chape de charbon et les nuées ardentes usuelles, le morceau s’échappe pourtant vers un récif dont les roches, à mesure que des instruments tels que la clarinette, la conque marine ou la contrebasse font une inédite apparition, se polissent sous nos yeux ébahis, pour arriver vers ce dont on croyait ce groupe incapable : l’apesanteur, la contemplation, le repos, voire le silence. C’est ensuite un chœur féminin (fausse bonne idée) qui ruine Big Church, malgré la présence louable de Dylan Carlson (Earth). Mais Sunn O))) se dépasse ensuite avec une fin d’album qui transcende tout ce qu’il avait jusqu’à présent couché sur bande.
Hunting & Gathering disperse sa violence rentrée jusqu’à un larsen final cathartique, mais c’est surtout Alice, hommage avoué à la veuve Coltrane, qui déploie véritablement des trésors de lenteur et d’étirement en mariant les riffs immobiles d’Earth ou de Codeine aux paradis ascensionnels jazzistiques de la précitée pour atteindre un sommet infranchissable, dont beaucoup ne se remettront pas. Au-delà des contrastes et du spectre musical d’une finesse que Sunn O))) réservait jusqu’alors à la mesure du bruit et de la lourdeur, c’est aussi, toutes catégories confondues, l’une des plus belles échappées musicales entendues de mémoire récente.