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April
archive mag juillet 2008
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Les deux disques ont atterri le même jour sur la platine et la comparaison (un peu absurde) est venue comme ça, sans autre pertinence que ce hasard postal : le troisième album de Sun Kil Moon est ce que l’on peut trouver de plus fondamentalement opposé au blockbuster de MGMT. De la tête aux pieds, Oracular Spectacular et April campent des propositions esthétiques inconciliables : gamins torses nus affublés d’oripeaux colorés contre vieux lustre photographié dans un noir et blanc charbonneux, hyperpuissance d’une pop explosive contre sobriété minimaliste d’un folk ombrageux, paroles faciles à comprendre et à reprendre contre mots qui tombent en cascades et dessinent des paysages impressionnistes ; zapping stylistique orgiaque paniqué à l’idée d’ennuyer contre l’unique sillon creusé à l’infini de mélodies ténues et têtues. Le temps passe et l’on s’émerveille encore de pouvoir goûter aux deux, de pouvoir plier le temps et l’humeur à ces exercices si différents. April se mérite un peu, exige une forme d’abandon, le renoncement aux repères du couplet et du refrain. Le pouls au ralenti, la voix en douceur, Mark Kozelek signe certaines de ses plus belles chansons. La plupart sont acoustiques, éclairées par la douceur d’arpèges de guitare égrainés en mélodies entêtantes qui pourraient aussi bien ne jamais s’arrêter (Blue Orchids, Lucky Man). Rongée jusqu’à l’os, Heron Blue est une sorte de folk répétitif, un peu menaçant, où l’on entend la voix de vieux hibou de Will Oldham. Vaguement hébété, on se perd dans les méandres électriques de deux morceaux de bravoure comme les aime l’ex-Red House Painters, où la violence sourde, les guitares charbonneuses et les chœurs évoquent le Crazy Horse (The Light, Tonight The Sky). La traversée de ces forêts denses et noires achevée, s’offrent des clairières sublimes : Moorestown avec piano et cordes, Unlit Hallway avec banjo et voix amicales. Surtout, April s’ouvre sur une chanson d’une beauté à couper le souffle (Lost Verses), dix minutes d’une mélodie intense, portée par des arrangements de cordes et des chœurs élégiaques où Mark Kozelek, dans un texte poignant, s’imagine en présence fantomatique : “I came up from under the ocean/Evaporated sea salt water/A mist above the skyline/I haunt the streets of San Francisco/Watch over loved ones and old friends/I see them trough their living room windows/Shaken by fear and worries/I want them to know how I love them so”.
Vincent Théval
article extrait de :
MAGIC RPM #122
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