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American Supreme de Suicide

chronique d'album
Malgré un nom et une attitude qui ne laissait guère augurer une carrière basée sur la ongueur, Suicide se porte mieux que jamais. Depuis la reformation de 1997, Alan Vega et Martin Rev sont justement reconnus comme les pères de l'electro à attitude punk, et leurs premiers albums n'ont pas pris une ride. Sûrement parce que leur formule machines-chant symbiotique, épurée, agressive et étrangement poétique, qui semblait si absurde au moment de la première explosion punk, ressemble étrangement au Graal après lequel courent tous les producteurs d'aujourd'hui. Mais les deux compères ne restent pas confits dans un passé au lustre posthume. Vega n'a pas changé son chant : ses mélopées malades, son lyrisme étrange, ses brusques imprécations de rocker dévoyé restent sa marque personnelle. Derrière lui, Rev a ouvert ses machines à toutes les influences possibles : des rythmiques funky, des scratches, des sautilleries house (si, si), des balancements hip hop, de la transe sauvage et des choses moins rangeables dans une petite case, mais toujours avec ce sens de l'économie, cette froideur bizarrement organique. Bien entendu, l'empreinte du 11 septembre est largement perceptible, mais Alan n'en avait pas besoin pour délivrer ses visions inquiètes, souvent épicées de grosses pincées d'humour (faussement ?) cynique. Les papys terribles de l'electro sont aussi pertinents qu'il y a vingt-cinq ans. Seule différence, on ne leur envoie plus de bouteilles sur scène (un concert à Londres en 1998 est offert dans l'édition limitée), et ils ont toujours du mal à s'y faire.
Philippe Richard
MAGIC RPM  #66
article extrait de :
MAGIC RPM #66 Commander ce numéro


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