C'est bientôt Noël, paraît-il. Alors, Sufjan Stevens a revêtu son costume rouge et blanc idoine, comme il a coutume de le faire depuis décembre 2001, dans son appartement de Brooklyn. Non content de redéfinir les frontières du folk(lore) américain à travers sa gigantesque cartographie musicale des États-Unis après Greetings From Michigan, The Great Lake State (2003) et Come On Feel The Illinoise (2005), il ne lui reste plus "que" quarante-huit albums à composer , le songwriter stakhanoviste publie, histoire de ne pas s'endormir sur les lauriers tressés par ses homologues envieux et la critique internationale, un copieux et splendide coffret, sobrement baptisé Songs For Christmas.
En plus d'un texte de l'écrivain Rick Moody, aussi court qu'amusant ("Père Noël, pourquoi ce look de biker ?", "Père Noël, comment peut-on être aussi gros et occupé à la fois ?", "Père Noël, es-tu un suppôt des commerçants ?", s'interroge-t-il notamment), on retrouve ici quarante-deux chansons enregistrées à un rythme annuel(l'an 2004 excepté) qui fait rimer décembre et labeur. Dans cette grande tradition des albums de Noël (de Phil Spector à Low, deux exemples choisis au hasard parmi une foultitude), ce digne héritier de Woody Guthrie a rassemblé morceaux traditionnels et chansons inédites (dix-sept au total). De l'incontournable Jingle Bells au fantasmagorique Sister Winter, Sufjan parvient sans jamais se perdre dans ses arrangements fastueux mais aucunement grandiloquents à jeter un pont entre passé et présent, tradition et modernité.
Cette gageure est d'autant plus admirable que l'homme abhorre la période de la Nativité comment pourrait-il en être autrement lorsque, dans une communion souvent sournoise, il s'agit de se rassembler et festoyer envers et contre tout ? et que l'exercice de style peut vite tourner à la mièvrerie de cul bénit. Or, un titre aussi marqué que O Come, O Come Emmanuel y gagne une étonnante sobriété, une exemplaire discrétion. C'est que Stevens connaît trop le sens du mot sacré pour verser dans la révérence religieuse. Ce fin connaisseur de la musique répétitive puise son inspiration ailleurs. "Quand j'écoute Steve Reich ou mieux encore John Adams, j'entends de la musique sacrée, un truc proche de la musique bouddhique ou des chants grégoriens. Il y a quelque chose de magique là-dessous", déclarait-il récemment au quotidien Libération. L'autre grand enseignement de Songs For Christmas est qu'il permet d'entendre en temps ramassé l'évolution (vocale, notamment) du natif de Detroit, Michigan, en l'espace d'une demie-décennie ô combien féconde.
Du chevrotant It's Christmas! Let's Be Glad! (2001) au tourbillonnant Star Of Wonder (2006), en passant par le solennel Only At Christmas Time (2002), l'entraînant Come On! Let's Boogey To The Elf Dance! (2003) ou l'électrique Hey Guys! It's Christmas Time! (2005), la métamorphose est prégnante. Donc fascinante. Au point d'imaginer l'esprit en perpétuelle ébullition de la figure de proue du label Ashmatic Kitty, dont il est d'ailleurs l'un des deux cofondateurs (le second étant son ex-beau-père, mais c'est une autre histoire). À ce titre, la chanson Sister Winter, une splendeur bouleversante dont on ne ressort pas indemne, résume le génie du bonhomme.
Nul besoin de refrain accrocheur, ni de gimmicks putassiers, juste un crescendo émotionnel d'une rare intensité, rythmé par un piano élégiaque et porté par une voix séraphique qui, lorsqu'elle se brise sur le ressac de mots trop ardus à prononcer (car trop personnels), semble prête à fendre les cœurs les plus autarciques. Un joyau sans précédent, auprès duquel il conviendra désormais de se recueillir lorsqu'un trop-plein de mélancolie nous envahira. Sister Winter ressemble à un écrin idéal et magique, capable de recueillir nos peines pour mieux les exorciser, capable de nous réconforter. Le genre de cadeau que l'on ne risque pas de recevoir si souvent. Même pour Noël.
En plus d'un texte de l'écrivain Rick Moody, aussi court qu'amusant ("Père Noël, pourquoi ce look de biker ?", "Père Noël, comment peut-on être aussi gros et occupé à la fois ?", "Père Noël, es-tu un suppôt des commerçants ?", s'interroge-t-il notamment), on retrouve ici quarante-deux chansons enregistrées à un rythme annuel(l'an 2004 excepté) qui fait rimer décembre et labeur. Dans cette grande tradition des albums de Noël (de Phil Spector à Low, deux exemples choisis au hasard parmi une foultitude), ce digne héritier de Woody Guthrie a rassemblé morceaux traditionnels et chansons inédites (dix-sept au total). De l'incontournable Jingle Bells au fantasmagorique Sister Winter, Sufjan parvient sans jamais se perdre dans ses arrangements fastueux mais aucunement grandiloquents à jeter un pont entre passé et présent, tradition et modernité.
Cette gageure est d'autant plus admirable que l'homme abhorre la période de la Nativité comment pourrait-il en être autrement lorsque, dans une communion souvent sournoise, il s'agit de se rassembler et festoyer envers et contre tout ? et que l'exercice de style peut vite tourner à la mièvrerie de cul bénit. Or, un titre aussi marqué que O Come, O Come Emmanuel y gagne une étonnante sobriété, une exemplaire discrétion. C'est que Stevens connaît trop le sens du mot sacré pour verser dans la révérence religieuse. Ce fin connaisseur de la musique répétitive puise son inspiration ailleurs. "Quand j'écoute Steve Reich ou mieux encore John Adams, j'entends de la musique sacrée, un truc proche de la musique bouddhique ou des chants grégoriens. Il y a quelque chose de magique là-dessous", déclarait-il récemment au quotidien Libération. L'autre grand enseignement de Songs For Christmas est qu'il permet d'entendre en temps ramassé l'évolution (vocale, notamment) du natif de Detroit, Michigan, en l'espace d'une demie-décennie ô combien féconde.
Du chevrotant It's Christmas! Let's Be Glad! (2001) au tourbillonnant Star Of Wonder (2006), en passant par le solennel Only At Christmas Time (2002), l'entraînant Come On! Let's Boogey To The Elf Dance! (2003) ou l'électrique Hey Guys! It's Christmas Time! (2005), la métamorphose est prégnante. Donc fascinante. Au point d'imaginer l'esprit en perpétuelle ébullition de la figure de proue du label Ashmatic Kitty, dont il est d'ailleurs l'un des deux cofondateurs (le second étant son ex-beau-père, mais c'est une autre histoire). À ce titre, la chanson Sister Winter, une splendeur bouleversante dont on ne ressort pas indemne, résume le génie du bonhomme.
Nul besoin de refrain accrocheur, ni de gimmicks putassiers, juste un crescendo émotionnel d'une rare intensité, rythmé par un piano élégiaque et porté par une voix séraphique qui, lorsqu'elle se brise sur le ressac de mots trop ardus à prononcer (car trop personnels), semble prête à fendre les cœurs les plus autarciques. Un joyau sans précédent, auprès duquel il conviendra désormais de se recueillir lorsqu'un trop-plein de mélancolie nous envahira. Sister Winter ressemble à un écrin idéal et magique, capable de recueillir nos peines pour mieux les exorciser, capable de nous réconforter. Le genre de cadeau que l'on ne risque pas de recevoir si souvent. Même pour Noël.