Il se pourrait bien que le grand oeuvre auquel s'est attelé Sufjan Stevens constitue, sur la longueur et pour sa postérité, une des plus belles créations musicales américaines du XXIe siècle. Après le Michigan, c'est au tour de l'Illinois d'être au centre de cet album et il en sera théoriquement de même avec tous les États d'Amérique. Une entreprise titanesque qui, au vu des résultats, et particulièrement ici, dégage déjà des sommets. Ce disque est tellement riche et foisonnant qu'écouter Belle And Sebastian après Come On Feel The Illinoise revient à écouter Labradford. La fanfare qui accompagne Stevens se met au service de chansons à la fois simples et démesurées, l'instrumentation étant riche mais jamais grandiloquente. Tout est ici à sa place. Un écrin où s'installe admirablement la voix de Sufjan, cousine des plus grandes émulsions de tendresse qui, de Stuart Murdoch à Elliott Smith, nous ont rendu foi en cette chose délicate qu'est la pop music. Les anglophiles amateurs de géographie et de civilisation se régaleront, et ils ne seront certainement pas les seuls. En revanche, on sera sans pitié pour ses petits copains de Half-Handed Cloud, auxquels il file un coup de main à la batterie sur ce disque expérimental et effroyable, complètement foireux et pénible. Une petite erreur d'aiguillage dans ce long et déjà glorieux périple, à la fois humain et musical, dont on attend avec impatience que Sufjan Stevens aborde les frontières du Texas, en évitant soigneusement Hawaï et l'Alaska.